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    CAN 2013: pourquoi le Burkina Faso ne pouvait pas gagner

    Lu par 2522 Boytown

    Malgré une prestation qui a surpris pendant la coupe d’Afrique des Nations, les Etalons du Burkina Faso pouvaient difficilement dompter la machine de guerre nigériane.

    Une date à retenir: 10 février 2013. C’était un dimanche. Au FNB Stadium de Johannesburg en Afrique du Sud. C’est ce jour-là que la CAF (Confédération africaine de football) a décidé de faire jouer la 29e finale de la plus prestigieuse compétition sportive en Afrique.

    Il est 17h à Johannesburg; 15h à Ouagadougou. La presse burkinabè prend place dans ce beau et vaste stade qui attendait d’accueillir 94.700 spectateurs. C’est la capacité de ce joyau qui fait la fierté de l’Afrique du Sud.

    Les confrères burkinabè, au nombre de 20, doivent encore patienter 3 heures pour voir cette finale alléchante. Les confrères nigérians sont au nombre de 200. Ce n’est pas tout: 3.000 supporters nigérians sont en face de 150 supporters burkinabè.

    C’est une finale à guichets fermés. Il n’y a donc pas de billets en vente. Difficile donc d’obtenir des tickets, même pas au marché noir. Ils sont donc des milliers à être privés de cette finale, de la première finale du Burkina Faso. Eh oui! Nigeria-Burkina. Finale inédite.

    Sur le papier, les Super Eagles ont un palmarès respectable: 5 finales disputées, deux remportées. C’était en 1980 devant le Cameroun et en 1994. Mon pays, le Burkina, n’était qu’à sa toute première finale.

    Je coupe ma respiration deux secondes avant d’écarquiller mes yeux pour voir affluer dans ce stade construit en 1987 et rénové à l’occasion de la Coupe du monde 2010. Parmi les supporters burkinabè, le Premier ministre Luc Adolphe Tiao. Il y avait aussi le président sud-africain, Jacob Zuma, le président de la FIFA et le président de la CAF, Issa Hayatou.

    Avec lui, des membres du gouvernement, des opérateurs économiques. Le stade se remplit. Les deux équipes sortent des vestiaires. Le stade hurle. Les supporters sud-africains sont derrière les Etalons. Certains sont même venus de Nelspruit pour les accompagner. Incroyable! Il est 18h 41 en Afrique du Sud.

    Tout d’un coup, quatre fusées séparées l’une par l’autre seulement de 2 centimètres survolent le stade à une vitesse d’enfer. La carte de l’Afrique est extraordinairement formée par des noirs et des blancs au rond central. Mon menton est soutenu par ma paume droite.

    La fièvre d’avant-match

    Le regard figé, je reste ébahi, à l’image de tous les spectateurs par ce spectacle effarant. Lumières et sons! Digne d’une finale! Et lorsque la liste des 22 joueurs tombe, un coup d’œil rapide me permet de savoir que c’est exactement les mêmes 11 de départ, côté Etalons, que lors du match contre le Ghana, en demi-finale.

    Mieux, je vois le nom d’Alain Traoré comme remplaçant et non comme blessé. C’est sûr, le Nigeria est pensif. Et si Alain jouait? Il n’est pas le seul souci des Nigérians. Eh oui! Un supporter nigérian qui vient d’arriver du Nigeria lance cette question à un confrère burkinabè: Pitroipa va-t-il jouer? Oui, répond le confrère. Et notre Nigérian d’attraper sa tête et de dire:

    «My God! Some trouble for Nigeria» (Mon Dieu! Un problème pour le Nigeria).

    Côté Nigeria, quatre joueurs qui avaient joué contre le Burkina le 21 janvier à Nelspruit ne sont plus titulaires à cette finale. Ce sont Yobo, Musa, Nosa et le buteur Eminiké complètement out pour cause de blessure.

    Qui va remporter cette finale? Cette question me taraude l’esprit lorsque les Super Eagles apparaissent sur la pelouse. Leurs nombreux supporters les ovationnent. Et lorsque les Etalons sortent, c’est tout le stade qui clame. C’est bon signe. On ne jure que par les Etalons. Les vraies choses commencent: le Ditanyè, l’hymne national du pays des Hommes intègres retentit au FNB Stadium.

    Les 94.700 spectateurs sont debout. Nous aussi! La main droite sur le cœur, le stress présent mais l’espoir vif, je chante avec toutes mes forces cet hymne au sens profond, à l’image des autres confrères burkinabè. Et lorsqu’il se termine par «La patrie ou la mort, nous vaincrons», mes larmes faillirent couler.

    Eh, Dieu! Donne-nous cette coupe, me dis-je au fond de moi-même. Le coup d’envoi est donné. Mon souffle s’arrête! Je me reprends et réalise que la bataille vient de commencer. Et lorsque j’ai vu Jonathan Pitroipa sur la pelouse, je me suis remis à remercier Dieu pour son verdict en faveur de la justice! Lui qui a failli être injustement privé d’une finale!

    C’est alors que je regarde qui est l’arbitre. Un Algérien: Haimoudi Jamel. Je me dis qu’il sera à la hauteur et ne ressemblera pas au Tunisien Slim. Le coup d’envoi est donné. Le Nigeria engage.

    La première frappe, à la 52e seconde, est aussi nigériane. Mais dans les bras de Daouda Diakité. Dès la 5e minute, le Nigeria a son premier corner. Diakité est obligé de sortir pour boxer des deux points le ballon. Une minute après, Florent Rouamba est obligé de commettre la faute à l’orée de la surface. Heureusement que le coup franc passe au-dessus.

    Le deuxième corner burkinabè est obtenu à la 9e minute. Diakité sort et rate le ballon. La reprise nigériane passe au dessus. Les Super Eagles sont en place. Les Etalons ne sont pas dans le match. Le trac? On ne sait trop. Et voilà que Paul Koulibaly multiplie ses mauvaises relances alors que cette fois, il joue le rôle de défenseur central.

    Bakary Koné a décalé légèrement à droite pour suppléer Mohamed Koffi diminué par sa blessure de la demi-finale. Paul a des difficultés devant Moses bien rapide. A droite, Madi est face à un rapide Uche. La défense des Etalons n’est donc pas trop à l’aise à l’image des autres compartiments.

    Les erreurs tactiques des Etalons

    Excepté les rares incursions et beaux gestes de Pit, rien à mettre sous la dent. A force de commettre les fautes, Florent finit par écoper du premier carton jaune de la partie à la 33e mn.

    Le Nigeria continue d’assiéger les Etalons qui craquent finalement à la 40e minute. Là, une des énièmes mauvaises relances de Paul Koulibaly permet à l’attaque nigériane de se reprendre et de battre Daouda Diakité. C’est le but de Mba Sunday qui avait marqué le but de la victoire contre les Eléphants de Côte d’Ivoire en quarts de finale.

    Sunday était encore dans son jour: dimanche! Pour l’heure, rien ne fonctionne pour les poulains de Paul Put. Comme le 21 janvier dernier face à cette équipe, les Etalons sont menés au score. La pause intervient sur cette avance des Super Eagles.

    La frayeur continue juste à la reprise (47e) avec cette balle croisée des Super Eagles, de la droite vers la gauche. Le premier changement est nigérian (53e). Ambrose sort pour Musa Ahmed. Peu à peu, les Etalons s’approchent des buts nigérians, mais ne réussissent pas leurs œuvres cette fois.

    Que se passe-t-il? Je me rappelle: les Etalons sortent de deux prolongations dont l’une est allée jusqu’aux tirs aux buts. Ce n’est pas évident de pouvoir tenir à tous les coups? Mais cette tête intelligente de Bancé à la 58e mn qui finit dans les bras du portier nigérian vient me redonner espoir. Surtout avec cette faute sur Pit à la 61e mn. Charles à l’exécution, mais ça ne passe toujours pas.

    Les 94.700 supporters moins les 3.000 supporters nigérians sont toujours Burkinabè. Paul Put lance Wilfried Sanou à la 65e mn à la place de Florent Rouamba. Ce dernier ne semble pas content. Bako court l’encourager. Le Nigérian lance son deuxième Aigle: Juwon Ayo.

    La première touche de balle de Wilfried Sanou (une talonnade) enraye la belle action orchestrée par Pitroipa. On joue 68 mn. Rien n’est perdu. Je me souviens que face au même Nigeria, le but égalisateur est venu à la dernière seconde. Et ces 3 corners successifs pour les Etalons à la 72e mn me rassurent. Ce tir croisé de Willy, servi par Préjuce à la 73e minute, faillit remettre les pendules à l’heure.

    Mais les contres nigérians sont dangereux et Bako essaie de faire ce qu’il peut pour sauver les meubles. Le milieu burkinabè ne se retrouve pas. Le temps passe ; le Nigeria tient toujours sa coupe. Bancé est bien isolé par la défense nigériane.

    Le rêve déçu de la victoire

    Dix minutes à jouer. Dagano s’échauffe. Le Burkina n’a plus rien à perdre. Il faut tout essayer. 81e mn. Moses est fauché par Paul Koulibaly à l’entrée de la surface burkinabè. Danger ! Le shoot ne donne rien.

    Le public continue de pousser les Etalons. Bancé s’égare et manque ses contrôles. Paul Put décide de lancer son capitaine, Dagano. A 7 minutes de la fin. C’est Paul qui est sacrifié. L’objectif est clair. Le défenseur sort pour l’attaquant. Il faut aller vers les buts.

    Plus que six minutes. La coupe s’éloigne pour le Burkina. Le Nigeria rêve de caresser le trophée pour la troisième fois. Le match n’est pas fini, mais ces deux balles de la 86e minutes dans la défense burkinabè pouvait tuer le match. Heureusement que Diakité veille. Paul Put essaie le tout pour le tout. A une minute de la fin, il sort Djakaridia Koné pour Abdul Razack. Le temps réglementaire est terminé.

    Le Nigeria a sa coupe. Il y a encore 4 minutres de temps additionnel. Les espoirs s’envolent pour les braves Etalons. Et voilà le dernier coup franc pour les Etalons. Bien placé. Dagano se place et envoie le balllon dans les nuages. L’arbitre algérien qui a bien tenu le match met un terme à cette finale.

    Les Etalons enregistrent leur unique défaite dans cette CAN. Ils tombent les armes à la main. Ils repartent avec 4 victoires, un match nul et une défaite pour 8 buts marqués et 4 encaissés. Ils ont fait la fierté du Burkina dans cette CAN.

    La coupe a simplement décidé d’aller au Nigeria. Les Burkinabè rentrent au pays honorés. Ce n’est pas grave. C’est la loi du sport. Les Etalons méritent toute la reconnaissance du peuple burkinabè. Il faut garder l’espoir et continuer le travail. Ce fut la CAN du Burkina que 94.700 supporters ont ovationné.

    Slate

    Lu par 2522 Boytown

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