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Ces dirigeants qui font encore rêver l’Afrique

| 02.02.2013 | 0 Commentaire

Lu par 949 Boytown

De nombreux chefs d’Etat ont su marquer l’histoire du continent. Par leur charisme et leur sens de l’intérêt général.

L’un des maux de l’Afrique réside dans l’incapacité de ses dirigeants à se montrer à la hauteur des espoirs de leurs peuples.

Un manque de leadership qui concilie les impondérables du pouvoir avec son corollaire d’ambitions personnelles et l’adhésion de ceux qu’on dirige, tout en gardant toujours en vue leurs intérêts et la nécessité impérieuse de ne jamais rompre les incontournables équilibres sociopolitiques.

Mais, jusque-là, l’Afrique n’a pas que des chefs d’Etat sans charisme ni intelligence. Certains ont su marquer l’histoire du continent.

Thomas Sankara, le capitaine-peuple

Le capitaine Thomas Sankara est né le 21 décembre 1949 à Yako. 25 ans après son assassinat, le 15 octobre 1987, il reste pour beaucoup le plus populaire des dirigeants africains. Même les générations qui ne l’ont pas connu, le considèrent comme tel.

Point n’est question de succomber à la tentation de croire au président parfait. Pas plus qu’aux nombreux montages burlesques et aux arguties mal ficelées qui ont tenté de faire de lui un idéaliste aux idées loufoques.

L’ancien président du Burkina Faso, pendant la période révolutionnaire de 1983 à 1987, était plus qu’un militaire. Il dérangeait de par son intelligence et son langage de vérité, savait être en phase avec les aspirations profondes de son peuple qui se reconnaissait en lui comme son porte-voix.

Au-delà du Burkina, beaucoup de citoyens des pays d’Afrique le voyaient comme le président qu’ils auraient tant aimé avoir.

La force de «Thom-Sank» ou le «capitaine-peuple» comme on l’appelait affectueusement résidait dans ce qu’on qualifierait du «courage de dire et l’intelligence de faire» dans l’intérêt du peuple, et cela quoi qu’il advienne.

Son discours du 4 octobre 1984 devant l’Assemblée générale des Nations unies reste d’actualité. Un seul passage suffit à résumer l’homme et son œuvre, lorsqu’il dit:

«Nous avons choisi de risquer de nouvelles voies pour être plus heureux. Nous avons choisi de mettre en place de nouvelles techniques. Nous avons choisi de rechercher des formes d’organisation mieux adaptées à notre civilisation, rejetant de manière abrupte et définitive toutes sortes de diktats extérieurs, pour créer ainsi les conditions d’une dignité à la hauteur de nos ambitions. Refuser l’état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’une régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration, à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler incessamment que sans formation patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance. Tel est notre programme politique. Au plan de la gestion économique, nous apprenons à vivre simplement, à accepter et à nous imposer l’austérité afin d’être à même de réaliser de grands desseins.»

Avec Thomas Sankara, ce n’était pas que des beaux discours. Il vivait simplement comme le peuple et ne pillait pas les ressources de l’Etat. Bien au contraire. Il voulait amener les Burkinabè à respecter le bien public, à travailler dur, à consommer d’abord les produits de leur travail, à compter sur eux-mêmes, à être fiers et confiants.

De toute évidence, ce qu’il voulait pour son peuple n’avait pas l’heur de plaire à l’intérieur comme à l’extérieur du Burkina Faso. Malgré les avertissements, il a tenu à payer de sa vie pour léguer à toute l’Afrique l’impérieuse et incontournable nécessité d’oser inventer, si tant est que l’Afrique veut se construire son propre développement. La question est toujours d’actualité.

Nelson Mandela, un leader d’exception

L’ancien président d’Afrique du Sud de 1994 à 1999, Nelson Mandela, est né le 18 juillet 1918 à Mvezo. Dans le contexte d’apartheid qui sévissait en Afrique du Sud, il fallait être un homme exceptionnel pour refuser de troquer sa liberté contre de petits arrangements avec l’histoire.

De nombreux exemples sont là au quotidien pour rappeler aux Africains qu’il faut bien moins que 27 ans de prison, même dans des conditions moins pénibles que celles de Nelson Mandela à Robben Island, pour faire plier beaucoup de ceux qui prétendent défendre les intérêts de leurs peuples aujourd’hui en Afrique.

La foi et la détermination de Nelson Mandela en la justesse du combat qu’il menait dans l’intérêt de son peuple ont finalement eu raison du système ignominieux de l’apartheid. Mais bien plus, son intelligence et son charisme lui ont permis de se tourner résolument vers l’avenir.

En pardonnant à ses anciens bourreaux et en faisant admettre à ses compatriotes noirs que le temps était désormais venu d’essayer de construire une nouvelle nation multiraciale, la nation dite «arc-en-ciel».

De débarrasser l’Afrique du Sud des scories du racisme et de l’apartheid. Cela n’allait pas de soi comme on pourrait le penser a priori. Tout comme les négociations qui ont sous-tendu la fin de l’apartheid.

En bon passeur de messages, l’on retrouvera la marque personnelle de l’intelligence du vieux leader de l’Umkhonto we Sizwe, la branche militaire de l’African National Congress (ANC), lorsqu’il décida de ne pas s’accrocher au pouvoir en briguant un deuxième, voire un troisième et un énième mandat comme on sait si bien le faire en Afrique.

Gamal Abdel Nasser, fondateur de l’Egypte moderne

Il a vu le jour le 15 janvier 1918 à Alexandrie. Si l’Egypte n’est pas actuellement sous la coupe réglée d’une monarchie, les Egyptiens le doivent au Lieutenant colonel Gamal Abdel Nasser. C’est lui qui, en effet, à la tête du Mouvement des officiers libres a renversé le roi Farouk le 23 juillet 1952.

Il peut être considéré comme le fondateur de l’Egypte moderne. A son actif, il convient de mentionner les grands chantiers précurseurs de l’éducation pour tous, des infrastructures telles que le barrage d’Assouan.

Au-delà de son pays, Gamal Abdel Nasser s’est aussi évertué tant bien que mal à unir le monde arabe, à travers l’affirmation et la mise en œuvre d’une politique panarabe. S’il n’a pas réussi à faire reconnaître le droit à la souveraineté du peuple palestinien, il n’en demeure pas moins qu’il l’a porté et placé au cœur de la diplomatie internationale. Grâce à lui, le monde entier ne peut plus feindre d’ignorer le problème de la Palestine.

Ironie du sort, les Egyptiens et plus généralement le monde arabe n’a souvent tendance qu’à retenir de lui, son cuisant revers dans la guerre des six jours contre Israël. Gamal Abdel Nasser est décédé d’une crise cardiaque le 28 septembre 1970, mais il a laissé derrière lui un héritage de poids qu’aucun leader du monde arabe n’a encore réussi à porter.

Patrice Lumumba, héros de l’indépendance

Né le 2 juillet 1925 à Onalua, Patrice Emery Lumumba, le premier Premier ministre de l’actuelle République démocratique du Congo est un héros national dans son pays, mais aussi pour bon nombre d’Africains.

D’abord héros de l’indépendance, Patrice Lumumba, doit être en train de se retourner continuellement dans sa tombe, au regard de ce qui se passe actuellement dans son pays. A l’occasion de la proclamation de l’indépendance, il déclarait devant Baudoin Ier, le roi des Belges:

«(…) Cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force.»

Hélas, aux anciens colons blancs qu’il a combattus se sont quasiment substitués de nouveaux colons noirs qui ne sont pas plus honorables d’ailleurs.

L’ancien employé de bureau d’une société minière, s’était en effet forgé une âme de combattant au contact des injustices faites aux travailleurs sur le terrain et du pillage des ressources du pays par les multinationales coloniales.

Cet homme à l’éducation rudimentaire, a dû s’éduquer et s’élever par lui-même. Puis, son combat politique, lui a permis de mener son pays à l’indépendance. Patrice Lumumba sera trahi. Il est arrêté, torturé et fusillé avec deux de ses partisans Maurice Mpolo et Joseph Okito sous le commandement d’un officier belge le 17 janvier 1961. Mais au-delà de sa personne et de ses idéaux, c’est le pays qui a été trahi. 

Kwame NKrumah, chantre du panafricanisme

Kwame Nkrumah, le premier président du Ghana, a vu le jour le 21 septembre 1909 à Nkroful. Cet activiste de la première heure contre l’administration coloniale britannique a connu la prison. Mais sa ténacité, de désobéissance civile en désobéissance civile, va la contraindre à lui concéder l’indépendance de son pays.

L’auteur d’Africa must unite (l’Afrique doit s’unir), fait déjà partie à l’époque des rares chefs d’Etat à avoir effectué de hautes études au début des indépendances africaines.

Il sait que les micro-Etats du continent n’ont aucun avenir devant les appétits voraces des ex-puissances coloniales et des nouvelles puissances émergentes. Face à la recomposition géopolitique du monde, l’Afrique n’as pas d’autre choix que de s’unir.

Cette conviction fait de Kwame Nkrumah, le plus ardent défenseur du panafricanisme. Malheureusement, la situation sociopolitique à laquelle il se trouve confronté à l’intérieur du Ghana où il est accusé de dérives dictatoriales, mettra un coup d’arrêt à son régime. Il est renversé par un coup d’Etat le 24 février 1966. Contraint à l’exil en Guinée, il meurt en Roumanie le 27 avril 1972.

Le panafricanisme que Kwame Nkrumah et ses autres compagnons ont porté pour l’Afrique reste l’un des projets politiques les plus ambitieux de l’histoire du continent.

Hélas, l’Afrique n’a plus des Thomas Sankara, des Nelson Mandela, des Gamal Abdel Nasser, des Patrice Lumumba et des Kwame Nkrumah. Qui pour leur succéder?

Au lieu d’une Union africaine impotente telle qu’on la connaît maintenant, la réalisation des Etats-Unis d’Afrique n’est plus dorénavant un idéal, mais un impératif pour le développement de l’Afrique.

Même si elle semble hors de portée des capacités des dirigeants actuels.

«L’Afrique doit s’unir ou disparaître», un message qui pour beaucoup d’intellectuels africains reste plus que jamais d’actualité.

slate

Lu par 949 Boytown

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