Croissance: Un nouveau modèle économique

Lu par 870 Boytown

Un modèle économique bâti autour de l’horticulture, le tourisme, les industries chimiques, les télécommunications et les services de la finance. C’est ce que propose un économiste de la Direction de la prévision et des études économiques(Dpee) qui a diagnostiqué les facteurs explicatifs du retard économique du Sénégal.

La nature erratique de la croissance économique au Sénégal serait davantage expliquée par les limites de son modèle économique que par les difficultés émanant du contexte international. Pour comprendre les facteurs explicatifs du retard économique du Sénégal qui, plus de cinquante années après les indépendances, fait toujours face à de nombreux défis dont notamment celui de l’éradication de la pauvreté, l’économiste Mouhamadou Bamba DIOP de la Dpee a d’abord examiné les sources de la croissance économique et les limites du modèle économique actuel, avant de s’attaquer à l’analyse du degré de sophistication et de la diversification du panier de biens exportés pour ensuite, traiter de l’identification des secteurs constitutifs du nouveau modèle économique qu’il juge être à même de susciter la croissance économique et la création d’emplois. Mesurée à l’aune du niveau de vie de la population, la performance de l’économie sénégalaise, selon l’économiste, reste de loin « insuffisante » comparée aux potentialités réelles du pays et à celui des autres pays ayant été au même niveau de développement que le Sénégal en 1960.

Faiblesse de la productivité du travail

En raison d’une croissance économique trop axée sur les services, l’économie sénégalaise fabrique depuis plusieurs années d’une part du déficit courant imputable au fait que les services sont faiblement exportables, et d’autre part de l’inflation importée issue de la combinaison d’une productivité agricole trop molle et d’une forte demande de produits alimentaires. En usant de la méthodologie de la comptabilité de croissance, technique qui décompose la croissance de la production au cours d’une certaine période selon la contribution du capital, du travail et de la Productivité globale des facteurs (PGF) et qui, qui permet d’analyser la croissance de la production à long terme, l’économiste en arrive à la conclusion que la productivité au Sénégal entre 1980 et 2009 indique que la période post-dévaluation a été beaucoup plus productive, laissant ainsi entrevoir que les réformes issues du changement de parité ont eu quelques effets positifs notamment dans le secteur tertiaire.

Par contre, le secteur primaire n’a pas eu le même succès et a même enregistré une contribution négative à la productivité. Une tendance baissière qui se serait nettement atténuée durant la période 1995-2009. Actuellement, la productivité par travailleur au Sénégal serait estimée autour de 4402$ tandis qu’elle est de 4926$ pour le Nigeria, 3280$ pour le Ghana, 35381$ pour Maurice, 35760$ pour l’Afrque du Sud, 9518$ pour la Chine, 7700$ pour l’Inde et 70235$ pour les Etats-Unis.

Cette faible productivité qui entraine une absorption très lente de la main d’œuvre excédentaire dans les zones rurales, génèrerait une hausse des inégalités de revenus, perpétuant ainsi les déficits publics, estime l’économiste. L’Etat, en tentant de compenser la hausse des inégalités de revenus, crée un modèle de l’ « assistanat ». De plus, le marché du travail au Sénégal est fortement marqué par un coût élevé de la main d’œuvre.

L’économiste va plus loin et met les pieds dans le plat en soutenant à l’analyse que l’évolution des salaires « laisse apparaître de fortes hausses qui sont supérieures à celles des prix ». Selon lui, « les salaires au Sénégal ont progressé de 3,9% en moyenne entre 1980 et 2009 avec de grandes disparités entre les secteurs. Plus spécifiquement, sur la période 1995-2009, les salaires ont augmenté de 5,4% contre une progression de 2,6% des prix à la consommation ». De plus, il établit un décrochage entre la productivité du travail et l’évolution des salaires. En d’autres termes, le rythme d’évolution des salaires au Sénégal ne reflète pas la productivité du travail et est entrain même de réduire les 9 gains de productivité de l’ère post dévaluation. Une thèse qui coïncide avec le point de vue du Directeur adjoint du FMI, Min Zhu qui déclarait récemment à Dakar que « Le Sénégal doit renforcer sa productivité pour concurrencer les autres pays du monde en termes de croissance économique.»

Il s’y ajoute des contraintes majeures entravant le développement du secteur privé et relatives à la protection des investisseurs, le transfert de propriété, l’accès à l’électricité, la fiscalité et l’exécution des contrats. Le déficit énergétique est ainsi devenu une contrainte majeure pour la croissance économique et le développement du secteur privé (voir Doing Business 2012) et les estimations évaluent les pertes, en termes de croissance économique, imputables aux délestages à 1,4%.

En somme, si le Sénégal n’a pas pu emprunter le même sentier de croissance que ses semblables, la raison serait à chercher dans la faiblesse de la productivité du travail. L’identification de cette cause permet d’apporter une réponse à cette question cruciale et de mettre en œuvre les réformes pour combler ce retard.

Tributaire des politiques d’accompagnement
La « mauvaise direction » empruntée par la force de travail expliquerait en grande partie la faiblesse de la productivité globale de l’économie qui a évolué en moyenne de 1%. Par ailleurs, citant des travaux récents qui auraient identifié trois facteurs essentiels qui agissent sur la transformation structurelle, l’économiste évoque la présence d’avantages comparatifs révélés dans le secteur agricole, de la sous-évaluation de la monnaie et de la flexible du marché du travail. Selon lui, les économies ayant une part importante des ressources naturelles dans les exportations éprouvent beaucoup de difficultés à procéder aux changements structurels capables de booster la productivité. Par ailleurs, les pays qui ont maintenu une monnaie sous-évaluée ont été à l’origine d’une forte croissance grâce aux avantages qu’elle procure pour l’expansion du tissu industriel. Le troisième facteur pro-productivité résiderait dans la flexibilité du marché du travail car une transformation structurelle rapide est facilitée par la mobilité des travailleurs.

Etablissant une relation positive entre la croissance future d’un pays et le niveau de sophistication de son panier de biens exportés, il apparaît aux yeux du spécialiste que la capacité d’une nation à produire de nouveaux biens dépend fortement de la possibilité de redéployer les facteurs de production déjà existants (« capabilities ») pour en faire. Ces aptitudes peuvent être du capital physique ou humain, du cadre institutionnel ou légal. Elles indiquent la capacité d’un pays à produire et à exporter des biens avec un avantage comparatif révélé. L’exemple donné par le spécialiste est qu’il est probablement plus facile pour un pays qui exporte des T-shirts d’ajouter à son panier de biens exportés des culottes que des téléphones portables. En d’autres termes, il est plus aisé de commencer à produire des biens proches de ce que l’on fait déjà avec ses propres aptitudes que des biens trop éloignés de son panier d’exportation.

En définitive, le diagnostic de la productivité et l’analyse de la transformation structurelle ainsi que du degré de sophistication des exportations ont ainsi permis au spécialiste de proposer un nouveau modèle économique bâti autour des secteurs de l’horticulture, du tourisme, des industries chimiques, des télécommunications et des services de la finance.

Aussi, pour installer une croissance soutenue au Sénégal, l’économiste propose une liste restreinte de sous-secteurs l’horticulture ; les industries chimiques, de caoutchouc et les fabrications de verre, poterie et matériaux de construction (cimenterie) ; le tourisme; les services financiers et activités immobilières ; les télécommunications. Même si, dans l’immédiat, l’économiste reconnaît que l’agriculture reste un des piliers essentiels pour accélérer la croissance et lutter plus efficacement contre la pauvreté et « doit être érigée en priorité de la politique de développement ». Le modèle économique bâti sur l’horticulture remplacerait celui de l’arachide même si toutefois, « cela ne signifie pas la fin de la culture de l’arachide », un modèle parallèle à celui de l’arachide serait à instaurer. Le niveau de sophistication des services affecte positivement la croissance économique du PIB per capita. Par ailleurs, le Sénégal pourrait devenir un centre financier de l’Afrique de l’Ouest né de la jonction entre le pôle des technologies de l’information et les services financiers.

Toutefois, la réussite de ce nouveau modèle économique est, selon l’économiste, tributaire des politiques d’accompagnement notamment la consolidation du cadre macroéconomique, la réforme du marché du travail, l’érection d’institutions appropriées capables de faciliter l’accumulation du capital, la refonte du système éducatif et enfin l’approfondissement du marché financier.

sudonline

Lu par 870 Boytown

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2 Commentaires

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