Education à double vitesse, avenir incertain

| 09.08.2012 | 0 Commentaire

Lu par 1653 Boytown

Une « école buissonnière », trente et un ans après les Etats généraux de l’éducation et de la formation. Un bac à deux vitesses dont on se demande, dans certains cercles, s’il sera validé à l’extérieur et l’impression que les élèves du privé ont plus de chances d’obtenir le premier diplôme de l’enseignement supérieur.

Ceux d’entre les bacheliers reçus à la session d’octobre  auront  sans doute plus de mal à s’inscrire dans les classes préparatoires aux grandes écoles, en France,  en particulier.  Un bac qui fait désordre dans un système tout aussi  mis en questions.  Une année grise qui, pour peu, allait être noire. Le trait n’est pas forcé. Il traduit plutôt l’image d’un temple du savoir déserté par l’espoir d’assumer ses fonctions : enseigner, accompagner les filles et les garçons dans les apprentissages  et les outiller  à assumer demain, leur part dans le développement du pays.2012, l’année de  ce  Bac pour le moins ubuesque,  illustre aussi la déchéance  de  l’école publique. Creuset  de socialisation par excellence et l’une des plus grandes conquêtes de la République, elle tombe en décrépitude depuis des années et ses acteurs se laissent aller à des philippiques.  Il convient de réparer, au plus vite, cet ascenseur social là où la puissance publique assume ses devoirs.L’enfant né dans une famille pauvre ou aux revenus  modestes est aujourd’hui obligé d’emprunter les escaliers pour  espérer changer le quotidien de ses parents et gagner une place honorable dans la société.On voudrait faire de générations d’élèves et d’étudiants des retraités de l’avenir à l’âge de l’adolescence, qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Les filles, fils de privilégiés   moins brillants  n’auront par contre aucun souci à se faire pour réussir. L’aisance matérielle des parents, souvent acquise en piochant dans les deniers publics,  contribue  à leur construire un futur sécurisant. C’est ainsi qu’une autre forme de reproduction sociale est mise progressivement en place, avec des héritiers prenant le relais de parents ayant pu user de leur position dans l’appareil d’Etat pour les inscrire dans les meilleures écoles.

Et comme pour ne pas changer de registre, certains appelés à la « table servie » d’un certain 19 mars 2000 avec la première alternance, ont  même corsé la note.  Les élèves sont envoyés à l’étranger à l’étape du moyen secondaire.
Outre la propension à faire étalage de richesse, cette attitude édifie sur le peu de confiance que  cette « Nomenklatura des tropiques »manifeste pour l’Ecole sénégalaise.  Il en est de même du secteur de la Santé publique. Nombre de leurs rejetons sont nés en France, aux Etats-Unis, au Canada…  comme si leur honneur et leur respectabilité devaient souffrir de les voir venir au monde dans le pays de leurs parents. Ecoles de riches, structures sanitaires de riches. Les mêmes clients. Les pauvres peuvent multiplier les échecs scolaires en fréquentant, faute de  moyens, les écoles publiques, mourir dans des structures médicales insuffisamment  équipés, les gouvernants  ne semblent pas s’en émouvoir.

Qu’attendre  du magistère de  Macky Sall pour  sortir l’Ecole et l’Université  de la nasse dans laquelle elles se sont enfermées ? Une rupture assurément,  mais  certainement pas en différant les oppositions par la satisfaction  incomplète de points de  revendication dans le but d’apaiser la tension.  L’efficience d’une politique ne se mesure pas à l’examen diligent des plateformes revendicatives et à l’importance  des ressources dégagées à cet effet. Ce n’est pas en affectant des moyens substantiels mais mal répartis, en créant collèges et lycées de proximité,  que la question de l’Enseignement  sera tranchée.  L’Université a perdu de son lustre d’antan. Elle est devenue, plus un dépotoir qu’un haut lieu du savoir.  Il faut s’inscrire d’emblée dans le moyen et le long termes, avoir une réflexion approfondie sur les questions centrales. Le format des rencontres sectorielles n’est pas approprié.

Puisqu’aux grands maux les grosses thérapies, la tenue des Etats-généraux ou Assises nationales  de l’Education et de la Formation est d’une urgente nécessité. Cette rencontre  inclusive devrait permettre de revoir la carte scolaire du pays, de réformer ou d’adapter  l’Ecole et l’Université aux réalités d’un monde en profonde mutation avec un nouveau statut pour l’enseignant mis dans les conditions idoines  de travail. Il n’est pas acceptable, à chaque fois que les enseignants formulent des revendications, de tenter d’user de méthodes dolosives  pour avoir leurs dirigeants à l’usure.

Si leurs droits et tous leurs droits sont respectés, leur utilité reconnue et sanctionnée positivement,  il n’y a pas de raison qu’ils ne donnent le meilleur d’eux-mêmes. Les anciens maîtres d’école cités comme exemples  de comportement vertueux  n’étaient pas des laissés pour compte dans la juste rémunération de leur travail. Bien traités, ils assuraient en retour leur devoir. L’Ecole publique, celle  de la République, leur cadre de travail est plus que jamais nécessaire dans l’ordonnancement de l’éducation dans ce pays. Si l’Etat n’y prend garde, des millions de jeunes Sénégalais seront de fait exclus d’un système de plus en plus mercantile.

Lu par 1653 Boytown

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Categorie: JEVOTE

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