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Et si 2013 était l’année de vérité en Casamance?

| 29.01.2013 | 0 Commentaire

Lu par 21733 Boytown

Il était une fois, en Casamance, au sud du Sénégal, fût-ce à la faveur des vicissitudes de l’histoire, de la vie (politique) et du temps, et comme pour sacrifier par anticipation au rituel, désormais banal, d’un anniversaire pas comme les autres : le 30ème anniversaire du conflit casamançais ; qui plus est, un anniversaire qui préfigura, déjà, celui de la mort, un 14 janvier 2007, de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, figure emblématique du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) ; il était donc une fois, en Casamance, au sud du Sénégal, où – l’usure de la guerre, ou la guerre d’usure, c’est selon, ayant aidé, opportunément – un homme, Salif Sadio, le chef de guerre de la faction réputée la plus radicale du MFDC, proclama solennellement sa volonté de mettre un terme à ce conflit fratricide tri-décennal.

Ainsi, «transfiguré» par sa (re)découverte soudaine de l’Islam, Salif Sadio eut la bonté de libérer les huit militaires et gendarme qu’il avait enlevés et qu’il détenait jusqu’alors, en échange toutefois de l’engagement, de la part de l’Etat, de souscrire à «son» invite pour des négociations de paix, en terrain neutre, et sous l’égide de la Communauté Sant’Egidio, basée à Rome, en Italie. Et Salif Sadio d’annoncer l’ordre du jour desdites négociations de paix : «Le droit multiséculaire à l’indépendance de la Casamance, imprescriptible et inaliénable…» C’était le 9 décembre 2012.

C’est alors que, le temps ayant accouché d’une nouvelle année, 2013, toutes et tous, en Casamance bien sûr, mais également partout ailleurs au Sénégal, nous nous mimes – publiquement pour certains, aux tréfonds de leur intimité pour d’autres – à former le vœu le plus cher sinon le plus indiqué du moment, soit le ‘‘vœu de paix en Casamance, enfin retrouvée, et définitivement’’. C’est du moins ce que me suggère mon imaginaire, pour m’être mis, en ce qui me concerne, à rêver à ce pour quoi je lutte, avec mes amis, depuis maintenant une vingtaine d’années précieuses, à savoir : la Paix Définitive, Maintenant, en Casamance ! Mais la Paix négociée ! Et seulement négociée ! Or, Salif Sadio, dans sa projection la plus généreuse, ne veut pas négocier la Paix, mais plutôt l’indépendance pure et simple de la Casamance, quand on sait par ailleurs que la seule évocation de l’indépendance constitue, en soi, un acte de guerre.

En réalité, cette radicalité apparente du chef de guerre de ATIKA, branche armée du MFDC, correspond à ce qui reste de sa dette ô combien embarrassante à l’égard de ses parrains, membres illustres de l’establisment-diabolico-politico-affairiste de la Casamance. En d’autres termes, Salif Sadio est le prototype même, de nos jours, de ce qu’il convient d’appeler, en l’occurrence, l’otage par excellence de la pègre casamançaise.

Car, tout le monde en convient, l’indépendance ne se négocie jamais. Qui veut donc la paix, en toute sincérité, ne saurait, sous aucun prétexte, notamment au terme de 30 années de «guerre de libération» sans issue, ni revendiquer ni espérer quelque parcelle d’indépendance que ce soit pour la Casamance à la table de négociations.

En effet, et je ne saurais me lasser de le dire et de le redire, l’indépendance est un droit à conquérir ou à arracher. Militairement ou politiquement ! Et c’est précisément parce que c’est un droit, que le Peuple casamançais peut renoncer à l’exercice de ce droit, impunément, souverainement. Et, il y a renoncé, aussi bien avec le sabordage, en 1954, du MFDC au sein du BDS (Bloc Démocratique Sénégalais) que lors de l’indépendance du Sénégal tel que nous l’avons hérité de la colonisation, en 1960, et à l’occasion des Assises Casamanço-Casamançaises pour la Paix Définitive en Casamance, du 1er septembre au 6 octobre 2002.

Le Peuple casamançais a donc renoncé à l’exercice de son droit à l’indépendance nationale, ce qui est fondamentalement son droit, comme y ont également renoncé, souverainement, le Peuple du Fleuve, le Peuple des Niayes, le Peuple du Ferlo, le Peuple du Sine-Saloum et le Peuple du Sénégal Oriental, cependant que tous ces Peuples du Sénégal, sans exception aucune, s’adjurèrent dès 1960 de s’intégrer dans un seul et même Peuple sénégalais, mobilisé vers un seul et même But sénégalais, à la faveur d’une seule et même Foi sénégalaise. Il s’agit, en réalité, du Sénégal tel que nous l’avons hérité de la colonisation. Mais un Sénégal qui n’appartient pas plus au Fleuve qu’aux Niayes, ni davantage au Ferlo qu’au Sine-Saloum, au Sénégal Orientale qu’à la Casamance. C’est que, à l’évidence, et à l’instar de tous les autres Peuples du Sénégal, le Peuple casamançais dispose d’une histoire, d’une culture et d’un territoire propres, tandis qu’eux tous, en effet, sont territorialement groupés ; ce qui est en principe propice à la sauvegarde de leur intégrité et, par conséquent, de leur pérennité respectives.

Or, c’est précisément pour cela qu’il est un devoir impérieux pour chacun des Peuples du Sénégal, comme du reste pour tout Peuple existant, d’assurer son intégrité et sa pérennité propres qui, en l’occurrence, ne sont autres que l’intégrité et la pérennité du Fleuve, des Niayes, du Ferlo, du Sine-Saloum, du Sénégal Oriental et de la Casamance. Et parce qu’il s’agit, ici, d’un devoir impérieux, fatalement inhérent à tout Peuple ; parce qu’il s’agit justement de leur devoir,  les Peuples du Sénégal ne peuvent alors y déroger impunément, sous aucun prétexte.

L’un dans l’autre, cela, les parrains de Salif Sadio ne l’ignorent pas ; ils le redoutent même. Car, pour encagoulés qu’ils soient, ils n’en sont pas moins, au mieux, de fervents partisans de l’indépendance pure et simple de la Casamance, coûte que coûte ; ou au pire, de fieffés criminels, qui prospèrent bougrement, aujourd’hui, et plus que jamais, sur le terreau fertile de la paix armée en Casamance.

Pis encore, et c’est un secret de polichinelle, ces derniers étaient au début et à la fin du rapt, par la faction de Salif Sadio, des huit militaires et gendarme, libérés finalement le 9 décembre 2012. Ce qui participe, naturellement, de leur propre logique ou morale. En revanche, que ces indépendantistes-cagoulards s’évertuent, de nos jours, après tant et tant de forfaits à leur actif, à jouer les artisans de paix, pour ainsi apparaître indûment comme tels à l’opinion nationale et internationale, cela est tout simplement une imposture, sinon une escroquerie politique, voire une insulte à l’intelligence.

Jean-Marie François BIAGUI
Président du Mouvement pour le Fédéralisme et la Démocratie Constitutionnels (MFDC)

sudonline

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