Justice pour tous, ministres en pause
Lu par 96 Boytown
Un vent nouveau semble vouloir souffler sur la Justice sénégalaise comme en témoignent certains actes forts qui ont été posés ces derniers jours. C’est ainsi que, selon le journal Libération de vendredi dernier, le procureur spécial près la Cour de répression de l’enrichissement illicite, Alioune Ndao, a signé une mise en demeure à l’intention de l’ancien ministre d’Etat, ministre des Transports aériens, des Infrastructures, de la Coopération internationale et de l’Energie.. Dans le même registre, il est annoncé que des mises en demeure seront incessamment envoyées à d’autres dignitaires de l’ancien régime.
A toutes ces personnes concernées, il reviendra ensuite, dès réception du courrier, de s’atteler « à renverser la preuve » dans les dix jours, en prouvant notamment l’acquisition licite de leurs biens. A la suite de leurs réponses, le Procureur spécial pourra saisir la Commission d’instruction dont la mission est d’instruire les dossiers, à charge comme à décharge.
Le message envoyé est, on ne peut plus, clair. On peut en déduire que nul n’étant au-dessus de la loi, tout le monde est justiciable et devra par conséquent répondre de ses actes, quels que soient son rang, sa proximité ou non avec le pouvoir. Ni la naissance ni la fonction ni la proximité ne pourront désormais servir de passe-droits.
Aussi, pour mener à bien ses missions, la Justice devra-t-elle être rétive à l’endroit de toute forme d’instrumentalisation et/ou de chasse aux sorcières, en se montrant juste et impartiale. Ce qui suppose qu’elle mette en mouvement des hommes et des femmes bien formés, faisant preuve de compétence, d’intégrité et d’un haut sens de l’éthique. A eux de comprendre qu’un pays ne peut se développer sans s’appuyer et se nourrir de la confiance des populations en leur Justice. Il y va de la cohésion sociale et de la performance économique.
Si l’on est en droit d’attendre d’une Justice juste – et non à deux vitesses – qu’elle soit en mesure de lutter efficacement contre l’impunité, il demeure que le seul frémissement en cours ne saurait suffire pour autant. La reconquête de la confiance des populations suppose en effet qu’aucun segment de la vie publique ne soit laissé en friche. Cela passe par une mobilisation pleine et entière des nouvelles autorités au service exclusif du Sénégal. Et certainement pas par des vacances gouvernementales comme annoncé.
Aussi n’est-il nullement convenable de convoquer une quelconque mobilisation entamée depuis le 23 juin 2011, pour justifier on ne sait quelle fatigue. Et ces personnes qui ont payé de leur vie pour défendre la Constitution ? Et ces jeunes diplômés qui ne trouvent toujours pas de travail et à qui on a beaucoup promis ? Et ces ménages qui n’arrivent pas à assurer leurs besoins en nourriture, en logement, en santé ? Il importe alors d’avoir à l’esprit, que l’alternance a été rendue possible par le ras-le-bol de la majorité de la population vis-à-vis d’une gestion qui, au bout du compte, n’a pas grandement amélioré son quotidien. Pis, elle s’est traduite par une gestion patrimoniale et prédatrice des ressources publiques.
C’est pourquoi la joie de faire tomber un régime décrié ne saurait se suffire à elle-même. Elle annonce plutôt la nécessité de se mettre au travail, sans tarder, pour apporter des débuts de réponse aux problèmes qui taraudent les Sénégalais. Les attentes sont grandes et urgents sont les défis à relever. Ils sont nombreux et ne vont pas disparaître par un coup de baguette magique. Surtout en ces temps d’incertitudes et d’angoisses du fait des perturbations grandissantes dans le secteur de l’électricité, des craintes d’inondations dues aux pluies. Il n’est donc pas venu le temps de s’installer dans un confort paresseux. Gouvernement de mission, les ministres et le chef de l’Etat en tête, doivent se ceindre les reins, se mobiliser jour et nuit pour amorcer les changements susceptibles d’apporter un certain nombre de réponses aux questions qui taraudent des Sénégalais qui n’en peuvent plus d’attendre.
Le sentiment de justice est constitutif de cela aussi. On se rassure d’entendre les autorités dirent que de vacances gouvernementales, il n’est point. Juste « une pause » dans la tenue des réunions hebdomadaires du Conseil des ministres. La sémantique convoquée, on s’en tiendra à l’acception positive. Les ministres travaillent sans avoir besoin de rencontres présidées par le Chef de l’Etat ayant le Premier ministre à ses côtés.
Lu par 96 Boytown
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