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La Diaspora sénégalaise : Contribution Sans Representation

| 16.02.2013 | 0 Commentaire

Lu par 13492 Boytown

Avec les contributions de Khadim Dioum(Oakland, CA), Babacar Fall(Los Angeles, CA), Dieumbe Fall(San Diego), Dr Soda Diop(Los Angeles, CA), Malick Sow(Los Angeles, CA) et Mme Pouye(Santa Barbara).
Pour la consolidation de notre démocratie et la promotion de notre économie, l’implication de tous les segments de la population est primordiale. La diaspora sénégalaise,  aujourd’hui estimée à prés de 3 millions soit 20% de la population nationale, joue un rôle primordial. Par les sacrifices consentis pour assister leurs familles restées au pays, les sénégalais de l’extérieur stimulent directement l’économie de leur pays et en même temps constituent un atout majeur pour la société sénégalaise dans la lutte contre la pauvreté. Mais cet impact est très limité dans le domaine de l’exercice de notre démocratie. A part la possibilité de voter d’une partie de ses membres, la diaspora est totalement absente des instances publiques de gestion de la Cité. C’est pourquoi aujourd’hui la diaspora est aujourd’hui disposée à œuvrer infatigablement pour sensibiliser l’Etat en l’incitant à:
Prendre en considération l’importance du nombre de sénégalais de l’extérieur et leurs apports sur les plans économique et social
Relever les obstacles à leur participation
Se rendre compte de leurs potentiels et
Satisfaire leurs revendications légitimes.

Les apports de la diaspora.
Le Sénégal est aujourd’hui l’un des pays africains qui reçoivent le plus de fonds de sa diaspora. Selon une étude de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), depuis 2006 les transferts officiels de fonds des sénégalais de l’extérieur ont atteint 500 milliards de FCFA. Et cela, sans compter les envois de fonds effectués par des canaux non-officiels, c’est-à-dire de façon informelle, par l’intermédiaire des relations familiales et amicales.

La voie informelle demeure trés populaire de nos jours parce qu’elle permet à ses usagers de réduire sensiblement le coût parfois exorbitant des frais de transfert et de change. D’ailleurs la BCEAO considère que le total des transferts par canaux informels représentent facilement 40% des envois formels. Cela porte le total des fonds transférés par la diaspora sénégalaise à près de 700 milliards de FCFA chaque année.
Selon la Banque Africaine de Développement (BAD), depuis 2005 le Sénégal est l’un des pays africains dont le principal bailleur de fonds est sa diaspora. Les transferts de fonds des sénégalais de l’extérieur dépassent aujourd’hui de loin le montant combiné de l’Aide Publique au Développement (APD) et du Volume des Investissements Directs Etrangers (IDE), ce qui est essentiel. Car les aides et les investissements sont souvent prévus et budgétisés à l’avance. Alors les populations qui en ont besoin ne sentent presque jamais les  effets de cette assistance dans leur vie de tous les jours.

Par contre les fonds transférés par la diaspora ont un effet immédiat sur les ménages qui les reçoivent et surtout  sur l’économie sénégalaise. Les fonds vont directement à des milliers et des milliers de familles qui automatiquement dépensent cette manne financière dans les différents secteurs économiques tels que les denrées alimentaires, les vêtements, les “petits métiers”, l’électrification, les forages, etc…

Une autre étude de la Banque Mondiale a révélé que depuis 2006, chaque année le Sénégal reçoit de sa diaspora des envois officiels de fonds qui à eux seuls, sans compter les transferts informels, sont équivalents à 19% de son Produit Intérieur Brut (PIB). La Banque Mondiale a conclu que ces fonds envoyés  constituent un atout majeur pour pour le Sénégal dans sa lutte continue contre la pauvreté. D’ailleurs les ménages bénéficaires de ces envois parviennent souvent à maintenir un niveau de vie supérieur à la moyenne nationale.

D’autre part la diaspora sénégalaise recèle de ressources humaines de qualité, de compétences techniques, intellectuelles, artistiques, etc… La double culture du pays d’origine et du pays d’accueil favorise une ouverture d’esprit et développe une culture de tolérance au sein de la diaspora. L’expérience des marchés internationaux et les relations avec les différents systèmes de bureaucratie peuvent en cas de retour servir à compenser la “ fuite des cerveaux ” dont le Sénégal est victime comme beaucoup d’autres pays africains.
Au-delà de tous ces apports sur le plan économique, social et intellectuel, la diaspora doit aussi s’impliquer dans les débats politiques nationaux pour apporter sa contribution aux efforts de consolidation de notre démocratie encore relativement jeune. L’Etat sénégalais semble le comprendre. C’est pourquoi il a mis en place le Ministère des Sénégalais de l’Extérieur et le Conseil Supérieur des Sénégalais de l’Etranger (CSSE), deux structures chargées d’œuvrer pour la prise en charge des préoccupations et des doléances de la diaspora.

Mais ce n’est pas suffisant. Bien qu’étant une partie intégrante de la  population sénégalaise, la diaspora demeure une entité isolée  et absente des structures nationales  et administratives de gouvernance, ce qui obstrue considérablement son implication.

Les obstacles à l’implication de la diaspora.
A une communauté de près de 3 millions de membres qui injectent environ 700 milliards dans l’économie sénégalaise chaque année, est attribuée un “petit” Ministère avec un budget d’à peine un milliard de FCFA, ce qui en fait un ministère qui ne peut absolument rien faire pour la diaspora. Par exemple le Ministère des Marocains de l’Extérieur dispose d’un budget annuel de fonctionnement de 26 milliards de FCFA.
Le Conseil Supérieur des sénégalais de l’Extéreur (CSSE) était une bonne initiative de la part de l’Etat sénégalais après une mûre réflexion. Une étude sérieuse de sa nature, de sa composition, de ses objectifs et de son règlement intérieur avait été ficelée à l’avance. Mais la nomination des personnes qui devaient siéger dans le conseil fut irresponsable et complètement partisane. D’ailleurs le choix des  ces personnes fut contesté vigoureusement par la mojorité des associations de la diaspora.  Dès lors sa mission de prise en charge des besoins et des doléances des sénégalais de l’étranger était déjà compromise.  Aujourd’hui on n’entend même pas parler du CSSE. N’empêche tout le temps l’Administration de notre pays prend des mesures   qui affectent la diaspora sans aucune interaction avec ses membres.

Comme exemples, on peut citer l’interdiction de l’importation de véhicles de plus de 5 ans et la surtaxe sur les appels téléphoniques internationaux entrants. Ces décisions affectent directement la diaspora. Pourtant ses membres ne furent jamais associés, ni consultés, ni même informés.

La raison pour laquelle cette situation perdure est tout simplement la non-inclusion des sénégalais de l’étranger dans les structures de gestion de la Cité. Par non-inclusion, il faut comprendre manque de représentation.  Et tant que la diaspora ne disposera pas d’une représentation proportionnelle à son nombre, la même situation va se répéter dans le futur. Les membres de la diaspora sont pourtant politiquement engagés. On en voit de toutes les couleurs. Les uns soutiennent les partis au pouvoir et les autres adhèrent aux partis d’opposition et à la Société Civile. Certains s’activent au sein de mouvements de soutien tandis que d’autres expriment leur désapprobation par des manifestations publiques (marches et sit-ins ) et des lettres de dénonciation. Malheureusement ce qu’on peut noter, c’est que la diaspora dans sa généralité souvent adopte une attitude plutôt réactionnaire par rapport à la situation politique du moment. Il est vrai que la distance qui sépare notre pays d’origine et notre pays d’accueil constitue un certain handicap  et se traduit par une sorte d’isolement. Mais cela ne doit en aucun cas être un frein à notre implication en tant que citoyens engagés. Il nous revient à nous-mêmes  membres de la diaspora de mettre un terme à cet isolement en manifestant notre désir profond et notre disposition à accompagner les autres composantes de notre population sur le chemein vers la démocratie et le développement. Il est vrai que dans le cadre de la vie quotidienne, chacun d’entre nous fait de son mieux de son côté. Mais cela ne devrait jamais nous empêcher de faire l’effort de nous organiser en associations, clubs ou groupes pour jouer collectivement le rôle qui est le nôtre, étant une communauté essentielle de 3 millions de citoyens actifs. Si on ne le fait pas, d’autres segments de la populations continueront d’animer seuls les débats et de prendre des décisions qui souvent vont à l’encontre des intêrets des sénégalais de l’extérieur.Il est donc temps pour la diaspora de se prendre elle-même en charge de façon collective pour atteindre pleinement ses potentiels.

Les potentiels de la diaspora.
La diaspora sénégalaise peut constituer un véritable poids politique. Pour cela, elle doit maintenir les contacts entre ses différentes associations dans le monde. De cette manière, la diaspora peut créer un rassemblement massif de sénégalais dans le but de protéger leurs intêrets dans leur pays d’origine et dans leur pays d’accueil.

Nous pouvons beaucoup gagner aussi en unifiant nos différentes associations et nos divers groupes dans une même organisation pour avoir une influence sur la vie politique, économique et sociale de notre pays d’origine.

La diaspora se doit aussi de refuser d’être perçue comme une simple source de revenue, comme juste un bailleur de fonds. Mais plutôt comme une région de façon abstraite avec une population au nombre seulement comparable à celui de la région de Cap-Vert. Encore que le nombre d’adultes actifs et productifs de la diaspora sénégalaise est de loin supérieur. En conséquence les sénégalais de l’étranger ont droit à une représentation proportionnelle à leur nombre pour pouvoir de façon effective apporter leur contribution  à la constrution de notre pays. Il est donc temps d’adopter une politique juste de représentation qui se traduit par une inclusion proportionnelle de représentants de la diaspora dans les différents organes institutionnels de décisions et de consultations tels que l’Assemblée Nationale, le Sénat, le Conseil Economique et Social, etc… Et ne nous dites surtout pas que c’est impossible car on ne l’a jamais vu. Gouverner et gérer ne consistent pas à simplement copier ce qui se fait ailleurs et rejeter ce qu’on n’a jamais vu.

L’Etat doit d’abord avoir la lucidité de tenir compte des diversités démographiques et géographiques de l’ensemble de sa population. Ensuite à partir des données recensées, l’Etat doit avoir le courage d’innover dans la gestion de la Cité en mettant en œuvre une politique de représentation proportionnelle des diversités démographiques et géographiques de l’ensemble de la population. Ce caractère inclusif pourra de façon démocratique impliquer, directement ou indirectement, toutes les composantes de la population. Une telle politique d’inclusion et d’ouverture aura l’avantage de non seulement impliquer  toutes les couches de la population dans l’administration de leurs localités respectives, mais aussi de donner à la diaspora les moyens de sa participation.

C’est ainsi que les sénégalais de l’extérieur pourront d’abord identifier des objectifs à court terme et à long terme. Ensuite ils pourront établir et développer des collaborations étroites et des partenariats durables avec le Gouvernement du Sénégal. Un dialogue durable pourra être développé entre les membres de la diaspora et les autorités publiques pour la construction d’un Séngal qui avance.

Les sénégalais de l’étranger pourront aussi, par le biais de leurs associations, députés, sénateurs et conseillers, négocier des termes de réciprocité entre les membres de la diaspora et des institutions sénégalaises locales, qu’elles soient publiques ou privées.

Il est bien possible de travailler ensemble, d’identifier des projets et des démarches qui faciliteront la promotion de notre pays. Mais il faudra d’abord donner  à la diaspora sénégalaise les moyens de jouer son rôle, et cela passe par la satisfaction de ses  revendications légitimes.

Les exigences essentielles de la diaspora.

    1. Une représentation proportionnelle des sénégalais de l’étranger dans les institutions nationales telles que l’Assemblée Nationale, le Sénat et le Conseil Economique et Social. Ceci assurerait une implication directe de la diaspora dans la gestion de leur pays et dans les processus de prise de décisions qui souvent les affectent.

 2. La révision de la loi sur la nationalité au Sénégal qui aujourd’hui porte préjudice inutilement aux sénégalaises de la diaspora mariées à des non-sénégalais. La loi doit être la même pour l’homme et pour la femme pour ce qui est de la nationalité.

    3. Une proximité des consulats à  la diaspora. Par exemple un service consulaire à Los Angeles-Californie aurait l’avantage de servir une large partie de la diaspora dans les Etats l’Ouest des Etats-Unis comme Californie, Nevada, Arizona,  Oregon, Utah,  Washington, etc…

4. La révision de la loi sur l’importation de vehicles au Sénégal. Il est vrai qu’une totale libéralisation des importations commerciales de voitures serait à l’encontre des intêrets du Sénégal. Mais aussi une limite systématique(5 ans maximum) qui s’applique aussi à la diaspora désavantage les sénégalais de l’extérieur quand ils retournent  au pays. Une politique équilibrée serait plus appropriée.

5. L’annulation de la surtaxe sur les appels téléphoniques internationaux entrants. L’intention de l’Etat, de vouloir taxer les revenus astronomiques des compagnies téléphoniques au profit du Sénégal, est juste et justifiée.
Mais taxer les appels entrants par minute est une mauvaise solution. Car ces compagnies continueront de faire les mêmes profits puisqu’il leur suffira de tout simplement transmettre les taxes aux  sénégalais de l’extérieur qui appellent régulièrement leurs familles. La solution se trouve dans une meilleure maîtrise des négociations et des lois qui régissent le milieu pour un partage raisonnable des revenus entre le l’Etat et les compagnies privées.

Il y a beaucoup d’autres revendications qui varient d’un groupe de sénégalais de l’extérieur à un autre, d’une partie du monde à une autre. Mais elles sont tout aussi légitimes. Mais la satisfaction des revendications énumérées ici serait un bon début pour une implication effective de l’ensemble des membres de la diaspora dans la gestion de notre pays. Ce sera une bonne façon de réaliser un Sénégal et sa diaspora unis et intégrés, avec une vision partagée, pour une démocratie épanouie et un développement durable qui visent à relever les défis communs à tous les sénégalais.

 Xalima – Par Yaré Mbaye(Los Angeles, CA) et Dial Diagne(San Diego)

Lu par 13492 Boytown

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Categorie: MUZIC

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