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    La suppression du Sénat «plombe» Macky

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    La dissolution envisagée du Sénat n’a pas seulement tempéré les ambitions de pas mal d’acteurs politiques, « sinistrés » par le sacrifice de la chambre haute à l’autel des inondations. Elle a également abouti à restreindre, selon certains observateurs politiques, la liberté de manœuvre de Macky au sein de Bennoo Bokk Yaakar comme de son propre parti (Apr), une formation politique encore embryonnaire. L’option du « gouverner ensemble » ou du partage des responsabilités dans la gestion de l’Etat s’étant effritée avec la disparition des sièges de sénateurs « dispatchés » aux uns et aux autres.

    En accédant à la magistrature suprême le 25 mars 2012, à l’issue de la deuxième alternance à la tête de l’Etat, Macky Sall s’était décidé à gouverner le Sénégal avec l’ensemble de ses alliés regroupés au sein de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar. La composition de l’attelage gouvernemental, sous conduite d’Abdoul Mbaye, comme l’élection de la douzième législature avaient permis au Président de servir à souhait ceux qui l’avaient porté au palais de la Réublique. Tous les grands partis de Bokk Yaakaar (Afp, Ps, Rewmi…) avaient été récompensés d’au moins deux ministères dans le premier gouvernement « mackyiste » avant que 54 sur les 119 postes de députation conquis par la coalition, lors des législatives du 01 juillet, ne reviennent aux alliés du leader de l’Apr.

    Cette dernière ne se retrouvant qu’avec 65 députés au sein de la coalition, en somme moins que l’effectif requis pour s’assurer une majorité qualifiée au sein de l’hémicycle et voter ses lois, sans condition. Macky était allé même plus loin dans ce partage supposé du pouvoir avec ses alliés puisqu’il avait « intronisé » Moustapha Niasse, le leader de l’Afp, au perchoir. Ce qui était inédit au sein de la chambre basse : pour la première fois dans l’histoire parlementaire du Sénégal, un président d’Assemblée nationale ne faisait ainsi pas partie de la formation politique maîtresse de l’Exécutif.

    Cette logique de partage du pouvoir semble aujourd’hui plombée par la suppression envisagée du Sénat, selon certains observateurs de la scène politique. Emportée par les remous des inondations qui martyrisent les Sénégalais depuis un mois, particulièrement à Dakar, la chambre haute du Parlement, décriée par une foultitude d’acteurs politiques comme par les Assises nationales, enterre également bien des dispositions de caser des alliés politiques ayant été recalés à l’épreuve de l’hémicycle. Qui plus est, la présidence de l’institution dont on supputait qu’elle était dévolue à un allié de taille dans la conquête du pouvoir, le 25 mars dernier, échappe au pseudo-partage des strapontins institutionnels. Le Sénat abritait la deuxième personnalité de l’Etat, faut-il le rappeler, après la présidence de la République.

    UN GRAIN DANS LE BOKK YAAKAAR EN PARTAGE

    En sacrifiant l’institution à l’autel des inondations, Macky semble rétrécir sa liberté de manœuvre au sein de Bokk Yaakaar dont beaucoup de cadres patientaient le renouvellement du Sénat pour jouir de fonctions dans l’appareil du pouvoir, après plus d’une décennie d’opposition politique contre Abdoulaye Wade. La récente sortie de Jean Paul Diaz, le leader du Bloc des centristes gaindés (Bcg), qualifiant de « fallacieux » le prétexte des inondations pour supprimer le Sénat suscite déjà moult interrogations si elle ne présage pas d’une fissure réelle au sein de Bokk Yaakaar.

    Au sein de l’Alliance pour la république dont beaucoup de militants attendent leur quote-part de la victoire électorale, il semble également que des susceptibilités sont à ménager après la dissolution envisagée du Sénat qui a fait pas mal de sinistrés politiques, pas seulement du côté de l’Apr. Lors de la dernière réunion du directoire de son parti, tenue au cours du week-end, Macky Sall a ainsi annoncé la couleur devant ses camarades. « Je ne peux pas caser tout le monde. Il ne reste plus beaucoup de postes et tout le monde ne peut pas être servi », aurait déclaré le chef de l’Etat, selon la presse, lors cette séance d’explications avec les membres du directoire de l’APR sur la suppression du Sénat.

    Les alliances politiques étant affaire d’intérêts partisans, des observateurs relèvent à quel point la liberté de manœuvre de Macky se resserre de plus en plus, au sein de Bokk Yakkaar comme de son propre parti, une formation encore embryonnaire et en phase de construction. De là à postuler que le président de l’Apr cherche une roue de secours avec la seule institution d’envergure qui reste à pourvoir, à savoir le Ces, il n’y a qu’un pas. Jouissant là d’une prérogative discrétionnaire de nomination (des 80 conseillers, pour le moment) et de reconfiguration (remodelage des attributions), Macky aurait là une belle carte à jouer avec une institution qui fait déjà saliver.
    sudonline

    Lu par 14842 Boytown

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