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Le Mali coupé en deux. Et alors ?

Lu par 778 Boytown

Pour Sunny Ntayombya, l’intervensionnisme international au Mali met en péril le développement du pays. Il propose un “laissez faire”, même si le risque est de voir le Mali coupé en deux.

Joseph Rwagatare a publié un article d’opinion dans The New Times du 15 janvier intitulé “Où est l’UA au Mali ?”. Dans l’article en question, il se moque de l’Union africaine, en se demandant pourquoi c’est la France qui est venue en aide à l’armée malienne pour repousser les rebelles islamistes qui avaient envahi la moitié des pays de l‘Afrique de l’Ouest.

Pour lui, c’est devenu “un principe cher à l’Union africaine de faire appel à d’autres pays africains pour venir en aide aux pays qui font face à divers types de problèmes.” Selon lui, cela s’est avéré efficace au Soudan du Sud et en Somalie. Et il a raison. Toutefois, je m’écarte de sa thèse centrale selon laquelle les pays africains ont la responsabilité d’intervenir dans les affaires des “États faibles”.

Le calme avant la tempête
Quand on regarde les pays les plus prospères du monde, il est évident que leurs citoyens ont compris comment vivre ensemble. Comparons le Rwanda, disons, à la République centrafricaine. Chacun a dû faire face à de graves problèmes politiques (et dans notre cas, un génocide en plus). Mais pendant que les Rwandais se débrouillaient tant bien que mal, essayant de comprendre comment vivre ensemble (en introduisant le terme “Gacaca” dans le lexique juridique) et, lentement mais sûrement, construisant un pays dont les citoyens peuvent être fiers, la République centrafricaine a constamment fait appel à ses alliés pour maintenir le statu quo.

Certes, cela a procuré aux Banguissois un semblant de “calme”, mais il s’agit plutôt d’un “calme avant la tempête”. Si nous devons compter combien de fois les rebelles ont atteint les faubourgs de la capitale au cours de la dernière décennie, nous ne pouvons que nous imaginer à quel point la situation a été tumultueuse.

Maintenant, imaginons ce scénario. Qu’arriverait-il si, au lieu d’obtenir une aide extérieure de l’armée française, le gouvernement centrafricain devait faire face à ses propres faiblesses ? L’armée se ferait rosser et les rebelles auraient soit à négocier avec le gouvernement défait ou à prendre les rênes du pouvoir. De toute façon, le statu quo changerait. Dans le cas le plus récent de troubles civils, le président Bozizé a négocié avec les rebelles après s’être rendu compte que “sa” cavalerie gauloise n’allait pas venir à son secours (et après avoir évacué sa famille vers Kigali – à en croire certains tweets).

L’approche “non interventionniste”
Je suis un fervent partisan de l’approche “non interventionniste” en matière de résolution des conflits en Afrique. Pas parce que je suis une personne cruelle, qui ne se soucie pas de la vie de ses frères africains, mais parce que je crois sincèrement que si l’on ne laisse pas le soin à chaque pays de trouver sa propre voie de développement économique, politique ou social, il ne réussira pas à devenir une nation stable, viable.

Les nations qui imposent ces statu quo (telles que la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et d’autres puissances) sont les mêmes qui ont subi des révolutions, des coups d’Etat, des guerres civiles et toutes sortes de troubles sociaux imaginables. Ces problèmes ont permis d’améliorer leur gouvernance et les systèmes de participation politique. Le conflit a apporté des solutions. Mais il semble que la même chose ne sera pas acceptée ici, en Afrique.

Imaginons que les rebelles atteignent un jour Bamako
Imaginons le pire des scénarios. Imaginons que les rebelles atteignent un jour Bamako et imposent la charia. Soit l’ensemble des citoyens s’en accommodera, soit une cinquième colonne se formera pour s’attaquer au gouvernement impopulaire. De toute façon, les Maliens auraient leur avenir entre leurs mains.

Ce n’aurait pas été le cas si l’Union africaine était intervenue en mettant fin à la rébellion et en maintenant l’actuel gouvernement en place. Soyons honnêtes ici, même si l’Union africaine était intervenue militairement, elle aurait toujours imposé un diktat étranger — entravant ainsi le développement politique du Mali.

Parfois il faut reculer pour mieux avancer. Mais si nous passons le temps à intervenir, comment pourrons-nous tirer des leçons ?

Le Mali coupé en deux. Et alors ?
Et pendant que nous y sommes, il est peut-être temps pour nous d’arrêter d’accorder autant de crédibilité aux frontières artificielles qui nous ont maintenus prisonniers depuis si longtemps. Peut-être est-il temps de laisser le soin à certaines communautés de trouver leur propre voie à suivre. Je veux dire, qu’est-ce que ça change si le Mali est divisé en deux ? Peut-être qu’il aurait dû en être ainsi dès le début.

J’ai conscience que le laissez-faire n’entrera pas de sitôt dans la politique de l’UA,  mais j’ai peur que cela ne nous fasse que traiter des symptômes plutôt que des maladies. A moins de prendre la maladie à bras-le-corps.

rnw.nl

Lu par 778 Boytown

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