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Le Sénégal à la merci des pédophiles

| 09.02.2013 | 0 Commentaire

Lu par 12042 Boytown

Abus sexuels, violence et exploitation sexuelle des enfants étaient considérés comme des pratiques étrangères à notre société. Mais, depuis quelques années, de tels actes ont tendance à se banaliser au Sénégal. Et tout laisse croire que ces phénomènes «semblent avoir de beaux jours devant eux».

Le Sénégal est à la merci des pédophiles. Résultat : ils sont de plus en plus nombreux les enfants sénégalais victimes d’abus sexuels, de violence ou d’exploitation sexuelle. D’où l’urgence, pour les autorités, de trouver des solutions permettant de faire face à ce phénomène. C’est donc pour cette raison que des spécialistes se réunissent à Saly du 6 au 8 février, sur initiative du ministère de la Justice afin de réfléchir sur les mécanismes à mettre en oeuvre pour juguler le phénomène des abus sexuels que subissent les mineurs. A cette occasion, les acteurs ont unanimement reconnu que le mal existe. Et plus inquiétant encore, il s’amplifie de jour en jour.

«Force est de constater que, malgré la ratification par notre pays des instruments internationaux et régionaux ayant pour but d’assurer la survie, le développement et la protection de l’enfant et en dépit de notre arsenal législatif interne et plus spécialement des peines particulièrement sévères prévues par le code pénal sénégalais pour réprimer les faits de viol, de pédophilie, de pornographie de proxénétisme et de détournement de mineurs, l’abus sexuel, la violence sexuelle et l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales semblent avoir de beaux jours devant eux», analyse le ministre de la Justice, Aminata Touré qui a présidé l’ouverture de l’atelier qui se tient à Saly.

En réalité, si ce phénomène perdure, c’est aussi parce que les parents ont cessé d’exercer le contrôle sur leurs enfants. Mais, au-delà de ce facteur, d’autres raisons concourent à alimenter de telles pratiques. Aminata Touré explique : «Il y a une combinaison de facteurs qui expliquent la présence de ce phénomène dans notre pays. Parmi ces facteurs, il y a la démission des parents. On ne peut pas comprendre que des enfants de 12 ans s’adonnent à la prostitution dans nos rues. On évoque souvent la pauvreté comme prétexte, mais cela est inadmissible. Il faut reconnaître que notre société s’est monétarisée. L’aspect juridique ne suffira pas, il faut une mobilisation sociétale pour venir à bout de cette exploitation sexuelle des mineurs.»

La religion a son mot à dire

«L’islam est une religion qui protège l’enfant depuis le bas âge. Le prophète Mohamed (Psl) en est une illustration parfaite. Il avait un respect pour l’enfant et a prodigué des conseils à l’endroit des enfants pour que ces derniers puissent être bien traités. Tout ce qui va à l’encontre de telles pratiques va aussi à l’encontre des réalités de l’islam. L’islam est une religion de paix qui respecte l’individu, l’enfant en particulier», renseigne M. Fall, représentant du réseau «Islam et population». «Au niveau du réseau, a-t-il poursuivi, nous essayons de relever les barrières socioculturelles et religieuses. Au Sénégal, pour atteindre certains objectifs, il faut relever les barrières parce qu’il y a des croyances ancrées qui ne sont forcément pas bonnes. Nous apportons des réponses basées sur le texte coranique, les déclarations du prophète et celles des oulémas qui sont en porte à faux avec des propos tenus par certains qui exploitent les enfants et les font mendier au nom de l’islam.» «Nous avons mis en place un argumentaire religieux dans lequel il y a des versets et hadiths qui défendent les intérêts de l’enfant de la manière la plus ferme», a-t-il laissé entendre.

En dépit de la modicité de ses moyens d’intervention, la brigade des mineurs aussi essaie de jouer sa partition. Toutefois, force est de constater qu’on en est encore au stade des voeux pieux. «Il faut savoir qu’un enfant est un être âgé de 0 à 18 ans. Le consentement n’est pas accepté dans ce cas. C’est pourquoi, on ne peut parler de prostitution des mineurs, mais au contraire d’abus sexuels sur les mineurs et d’exploitation sexuelle sur les enfants», souligne, d’emblée, le commandant Mamadou Sylla. Le patron de la Brigade chargée des mineurs ajoute : «Il ne s’agit pas seulement d’une question d’application des textes. Il faut également prévoir des mesures d’accompagnement. La brigade des mineurs, l’autorité policière dans son ensemble, est bien au fait de l’ampleur de ce phénomène. Et nous ferons notre possible pour enrayer ce fléau des temps modernes.»

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Exploitation sexuelle des enfants –  Les hôtels au banc des accusés

La prostitution des filles et leur présence de plus en plus massive dans les rues, bars-restaurants et autres appartements meublés dans les grandes capitales et dans la plupart des sites touristiques inquiètent au plus haut point. La plupart des spécialistes de ce phénomène pointent du doigt les hôtels comme les lieux abritant ces abus. Toutefois, les mis en cause soutiennent le contraire et accusent, à leur tour, les résidences et maisons closes.

Les viols et autres abus commis sur les mineurs alimentent, chaque jour, les colonnes de la presse. Ce phénomène prend des proportions inquiétantes. Et les sites touristiques sont considérés comme les lieux choisis par les pédophiles pour s’adonner à ces pratiques. «Souvent considérée comme une conséquence de la pauvreté, la prostitution des filles et leur présence de plus en plus massive dans les rues, bars-restaurants et autres appartements meublés dans les grandes capitales et dans la plupart des sites touristiques nous interpellent tous», fait remarquer Giovanna Barberis, représentante de l’Unicef au Sénégal. «Aux formes traditionnelles, notamment le racolage au niveau des bars, boites de nuit, plages et sites touristiques, s’ajoutent des formes nouvelles. Il s’agit notamment de la fréquentation des appartements meublés par les jeunes (garçons et filles) de classe moyenne ou aisée, la pornographie dans les espaces privés ou dans les cybers», ajoute-t-elle.

D’une part, les abus perdurent parce que la surveillance fait défaut. D’autre part, il existe une certaine complicité entre les pédophiles et certains hôteliers. «Il faut renforcer la brigade des mineurs, lui donner les moyens d’agir. Il faut contrôler strictement les établissements hôteliers, savoir ceux qui viennent et ceux qui en sortent, leur âge, s’ils ont 18 ans ou plus, s’ils sont majeurs et responsables d’eux-mêmes. Mais, en dessous de cet âge, il faut que la sanction soit appliquée aux responsables d’établissements qui ne respecteraient pas cela», martèle le ministre de la Justice, Aminata Touré

Cette mise en accusation des hôteliers n’agrée pas tous les professionnels du secteur touristique. Certains d’entre eux soutiennent que le mal est à chercher dans les résidences et autres maisons closes qui pullulent à Saly. «Lorsqu’on nous dit que notre responsabilité est engagée dans l’exploitation sexuelle des enfants, cela nous étonne. Parce qu’il y a un contrôle effectif au niveau des entrées et des sorties dans les hôtels. Ce qui se passe à Saly, c’est ce qui se passe dans les autres pays. On ne peut pas dire que le phénomène n’existe pas dans la station balnéaire. Il y a des bars, des maisons closes dans lesquelles les enfants sont exploitées à Saly. Il n’appartient pas aux hôteliers de faire cette surveillance, mais il est du ressort de l’Etat, à travers les forces de sécurité, de surveiller pour que de pareils d’abus ne puissent se produire», estime Pathé Dia, directeur d’un hôtel à Saly. A l’en croire, le contrôle est strict dans les hôtels. Mais, poursuit-il, «je ne peux en dire autant au niveau des résidences dont les clients arrivent avec les clés remises depuis leur pays de départ. Il arrive que, dans certaines résidences, des adultes viennent avec des enfants, filles ou garçons, et vous disent qu’ils sont le parrain ou la marraine de ces enfants. Mais tout ça se fait souvent avec la complicité des parents parce que l’enjeu est surtout financier.»

Pour juguler de telles pratiques qui ternissent l’image du pays, le ministre de la Justice invite à une synergie des actions. «Si tout le monde est mis devant ses responsabilités, si chacun joue réellement et pleinement son rôle, si la loi est appliquée, sans état d’âme et sans complaisance, à tous, contre tous et pour tous, nous arriverons alors à préserver nos enfants de tous les fléaux qui peuvent menacer leur santé et leur moralité», souligne Mme Aminat Roure.

walfadjri

 

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