Les clichés sur l’Afrique ont la peau dure

Lu par 676 Boytown

Africains queutards, corrompus, belliqueux, superstitieux et misogynes: en Europe, la rentrée fait la part belle aux clichés vermoulus.

En Occident, la rentrée est la période où l’on réveille les neurones anesthésiés par les vacances.

On est censé être d’une intelligence plus subtile en septembre qu’en août. Si les prestations chorégraphiques maladroites de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, en Afrique du Sud, ont cautionné l’idée que l’Afrique n’a comme préoccupation que de se dandiner, on espère que la production intellectuelle de septembre va relever le niveau, quant à sa manière de présenter le continent noir. Pas sûr…

Malgré la mise au point de Gaston Kelman sur la consommation de manioc, les lieux communs ont la vie dure. Cinéma, littérature, BD, blog: les auteurs occidentaux vont enfoncer les clous des clichés les plus tenaces. Morceaux choisis…

1— Le continent des guerres sempiternelles

Le personnage de bande dessinée d’origine suisse Titeuf revient dans les librairies avec la mise en place, par les éditions Glénat, d’un million d’exemplaires de l’album Titeuf à la folie!.

Chouette, cette fois, les enfants vont découvrir un personnage africain (aux lèvres charnues, comme de bien entendu…) qui va narrer son continent aux chères têtes blondes! La jeune fille nouvellement arrivée dans l’école du héros de BD va-t-elle évoquer l’enviable croissance économique de l’Afrique?

La profondeur de sa culture? L’excellence de ses mets? Non. Il est plutôt prévu qu’elle raconte comment elle a fui son «pays ravagé par la guerre». Admettons. Il est vrai que tous les pays africains ne sont pas en paix. Le dessinateur Zep a sûrement de bonnes intentions…

Mais il y a d’autres lieux communs éculés en cette rentrée…

2—  Le continent des pénis débridés

En 2011, l’affaire du Sofitel de New York avait présenté Nafissatou Diallo comme une Africaine à lafiabilité douteuse, mais tout de même une victime, en attendant qu’un procès démontre éventuellement le contraire.

Mais voilà, en septembre 2012, dans un roman très clairement inspiré du dossier DSK, c’est le bourreau qui s’africanise. Linda Fairstein, ancienne patronne de la Special Victims Unit à New York, publie le roman Night Watch, où le double fictionnel de Dominique Strauss-Kahn s’appelle Mohammed Gil-Darsin.

Dirigeant, lui aussi, d’une grande organisation internationale nommée ici «World Economic Bureau», coureur de jupons invétéré, lui aussi, accusé de viol, lui aussi, par la femme de ménage immigrée de l’Eurotel de New York, il est le fils d’un ex-dictateur ivoirien en exil.

Le personnage de “MGD” est présenté comme ayant toutes les chances d’être bientôt président de la Côte d’Ivoire

L’Africain résumé à son pénis n’est pas qu’un fantasme de mauvaise littérature. C’est une matière cinématographique largement malaxée par le réalisateur autrichien Ulrich Seild qui déroule sa trilogie «Paradies» avec, ce mois-ci, le second volet intitulé Paradies: Faith.

Dans le premier volet présenté au dernier Festival de Cannes, Paradies: Love, le cinéaste racontait comment une quinquagénaire européenne ralliait une Afrique folklorique pour renifler «la peau d’un nègre» prostitué qui susurrait des Hakuna Matata.

Bien sûr, il y a un second degré lorsque la touriste sexuelle hypocondriaque se voit offrir, en cadeau d’anniversaire, un Kenyan au pénis enrubanné. À moins que ce ne soit un troisième degré qui humilie —tout de même— ces personnages réduits au statut de membre viril.

3— Le continent irrémédiablement corrompu

Le quatrième degré de lecture de ce film Paradies: Love apparaît dans le making-off, lorsque l’équipe technique raconte que des hommes armés avaient interrompu un temps le tournage du film; non pour protester contre l’évocation d’une marchandisation d’Africains, mais pour obtenir un bakchich …

4— Le continent aux élites décadantes

Mohammed Gil-Darsin, le personnage du roman Night Watch n’est pas simplement un obsédé sexuel. Il est aussi une caricature du grand fonctionnaire international ou du diplomate aussi riche qu’imbu de lui-même, abusant, autant que faire se peut, de son immunité.

Image malheureusement patiemment édifiée par nombre d’enfants d’autocrates africains. Image également relayée en cette rentrée, par la littérature journalistique.

Si vous ne lisez pas le pastiche africanisé de l’affaire DSK, les pages faits-divers de la presse de septembre vous apprendront qu’une jeune femme de 26 ans a été retrouvée morte, début septembre, au domicile d’un des premiers responsables de l’ambassade d’Afrique du Sud à Paris, après consommation de cocaïne. Poudre blanche et ambassade noire…

5— Le continent misogyne

Nouvelle forme d’écriture propice à la vacuité, les blogs rajoutent une couche de lieux communs aux romans et aux journaux.

Depuis quelques jours, le quotidien La Voix du Nord relaie ainsi le voyage de la candide Charlotte Gosselin, 18 ans, partie pour un an en Afrique du sud.

Certainement convaincue qu’un voyage organisé par le Rotary club lui ouvre les portes d’une Afrique authentique, elle s’amuse, à l’issue d’un safari, d’être elle-même devenue la proie d’unguerrier zoulou qui voulait l’acheter pour cinquante vaches.

Marchandisation de la femme? Entre le guerrier et la jeune fille, le second degré est-il du côté que l’on croit?…

6 Le continent «charlatan»

Pour achever cette enfilade de clichés prêts à mâcher par le public européen, il ne manquait plus que le plus indigeste des humoristes franco-camerounais: Dieudonné M’bala M’bala.

Quelque mois après son film L’Antisémite qui aurait été financé par un producteur iranien, l’anti-sioniste revient sur le continent africain avec le long-métrage Métastases!

Un personnage atteint d’un cancer refuse la chimiothérapie pour s’en remettre à un guérisseur africain. La pharmacopée africaine a fait ses preuves dans de nombreux domaines, mais les experts cancérologues reste sceptiques.

L’humoriste Dieudonné étant à bien des égards le plus contre-productif avocat de ses origines africaines, faudra-t-il, le 26 septembre prochain, à l’avant-première officielle de ce film présenté comme satirique, se munir d’un gilet «pare-clichés»?…

Les roms ayant monopolisé le thème de la mendicité, qui parlera de famine en cette rentrée 2012-2013?

A observer l’image de l’Afrique dans les productions européennes, il faut de la volonté pour ne pas céder à la paranoïa. Il en faudra, car l’Africain paranoïaque est en train de devenir un enième cliché…

slate

Lu par 676 Boytown

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