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    Les Sénégalais de la diaspora jettent un regard critique sur les radios nationales

    Lu par 1534 Boytown

    Ils sont six : un ingénieur en France, un journaliste en Allemagne, une hôtesse de l’air au Qatar, un chef d’équipe en Italie, un animateur d’un web radio aux Etats-Unis et un ouvrier au Canada. Loin d’être scientifique ni de représenter toutes les tendances de la diaspora, c’est un panel qui évoque l’intérêt, les choix et les regrets de Sénégalais de l’extérieur envers les radios sénégalaises.

    Loin des yeux mais près des oreilles. Paris, Washington, Doha, Berlin, Gênes et Québec, autant de lieux de présence de Sénégalais de la diaspora certes, mais autant de connexion avec le Sénégal à travers ce qu’on appelait jadis, au début du XXème siècle, la Téléphonie sans fil (Tfs), devenue depuis la Radio. Le support média le plus répandu et le plus moins cher au monde.

     Ce lien rapproché avec le Sénégal est paradoxal car mêlant la confiance à la méfiance. C’est « connexion difforme » diront certains. Pour d’autres, « c’est une relation bidirectionnelle très intéressante qui se manifeste par ces deux sentiments, analyse Babacar Ndiaye, 26 ans, ingénieur à Paris que nous avons rencontré. Confiance parce que les radios sénégalaises permettent à la diaspora de s’informer presque quotidiennement sur l’actualité du pays et parfois même de celle du pays d’accueil. Méfiance, car l’information est traitée de façon orientée, comme partout d’ailleurs, mais cela participe à orienter notre point de vue et notre perception des choses ».

     Réserves sur les revues de presse orientées
    Manipulation dans la manière de traiter puis de donner l’information, serait-on tenter de s’interroger en écarquillant les yeux ? Chose qui ne paraît pas étonner Lamine Guèye, 48 ans, ouvrier au Québec joint au téléphone. « Quand j’écoute certaines chaînes qui ne citent pas dans leur revue de presse, les journaux de groupes concurrents, je me demande dans quel pays sommes-nous. Est-ce que l’information ne doit pas primer sur les guerres intestines que se livrent les patrons de presse ».

    Si, effectivement, le côté « corporate » peut amener des suspicions dans la mise en perspective et le traitement de l’information, il y a une constance qui réunit presque les six Sénégalais de l’extérieur : l’utilité des radios du pays, même via internet.

     « En tant que Sénégalais vivant en Allemagne, je peux dire que j’ai un rapport assez particulier avec les radios sénégalaises », explique Mamadou Diallo, journaliste habitant Berlin contacté par le biais d’un réseau social sur Internet. Il résume l’avis de 5/6 de ce panel arbitraire.
    « A la radio, j’aime pouvoir écouter de la musique même si ma préférence ne va pas au Mbalax », tranche Djibril Diakhité, Sénégalais de 37 ans vivant à Gênes (Nord-ouest de l’Italie), interrogé via un réseau social.

     Le règne du podcasting
    Et la place de l’information dans tout cela ? « J’écoute principalement l’actualité sénégalaise à travers les radios du pays », pour le journaliste Mamadou Diallo. Citant les infos comme l’une de ces priorités radiophoniques, Mista Aw, Sénégalais vivant à Washington également contacté sur un réseau social, déclare « écouter très souvent les podcasts de différents débats sur les stations radios du Sénégal ». Avec internet, la radio était devenue accessible pour la diaspora dispersée aux quatre coins de la planète, le Podcast est venu les rapprocher un peu plus de leurs programmes préférés.

     « Je souhaite que les radios développent le podcast. Elles sont très en retard par rapport à ce qui se fait (en Europe, par exemple). Il permettrait surtout aux Sénégalais de la diaspora, qui ont souvent des problèmes d’accès aux infos venant du pays, de se rattraper », explique Mamadou Diallo.

    Babacar Ndiaye regrette également la possibilité réduite d’avoir des podcasts des programmes des radios sénégalaises.  « Seul Archipo (plateforme internet, ndlr) propose quelques émissions ». Le jeune ingénieur habitant Paris souhaite sa généralisation et le développement « des applis pour Smartphone ». Lamine Guèye prêche, dogmatiquement, pour les émissions religieuses du petit matin et de vendredi.

    Si dans la forme, le podcast paraît recueillir l’engouement des membres de la diaspora interrogés, le fond reste à désirer pour Djibril Diakhité. « Il faut nécessairement des contenus acceptables. Mais peut- être que j’en demande trop ? » feint-il d’interroger ironiquement.

    Classement des radios préférées
    En revanche, une autre question se pose sur la viabilité des radios et des plans d’investissement  adéquats, sources d’indépendance, donc d’impartialité dans le traitement de l’information. En clair, faut-il commencer à faire payer les podcasts ? « C’est un pari risqué, pour Mista Aw, animateur de l’émission le Boy town show qui attire, selon lui, près de 25 000 personnes chaque semaine. Il ne pense pas « qu’il serait judicieux de faire payer le visiteur pour écouter les podcasts. Ce serait une politique de marketing désastreuse. »

    Si cinq membres de la diaspora s’accordent sur le podcasting comme une pratique radiophonique utile, ils se dissocient sur le choix de la chaîne préférée. « J’écoute beaucoup plus la radio Rfm, pour Mamadou Diallo. C’est un choix qu’il partage avec Mista Aw, même si ce dernier évoque les autres stations dans le choix des programmes « podcastés ».
    Babacar Ndiaye cite Sud Fm parmi ces chaînes favorites.

    Un choix qui s’explique par « la qualité des émissions et des journalistes, mais aussi la rapidité du débit internet ». Le jeune homme dit « aimer les émissions politiques, le sport et le Jp de midi ». Avec beaucoup de regrets sur l’absence ou le manque de régularité de la diffusion des chaînes nationales et de Walf Fm, mais aussi avec des réserves, Lamine Guèye, habitant à Québec, dit aimer le ton neuf de Zik Fm.

    Linguère Ndoye, ovni radiophonique
    Des réserves qui se poursuivent avec Linguère Ndoye, hôtesse de l’air domicilié à Doha (Qatar) pour une grande compagnie aérienne du Golfe arabique, interrogé à travers un réseau social. Contrairement aux précédants Sénégalais, la jeune femme dit ne pas trop être intéressée par la radio. « Je pense que c’est ma nature qui est faite ainsi. Je ne suis pas attirée par tout ce qui est électronique. Par exemple, j’ai un ordinateur, mais je ne me connecte que sur Facebook, Skype et sur ma boite email.

    Mon desktop est vide ». Avant d’embarquer ou au retour d’une session de vol l’ayant menée à travers les différentes grandes villes mondiales, « je regarde les infos à la télévision, parce qu’il faut que je sache ce qui se passe dans le monde, mais c’est surtout parce que cela me détend ».

    Mista Aw va dans le sens que la jeune femme, en évoquant la place de plus en plus grande prise par les télés sénégalaises, via le câble, sur la radio. Mais la petite lucarne n’a pas encore atteint la mobilité des radios, surtout avec le phénomène des Smartphones. Le lien entre la diaspora et les radios sénégalaises n’est pas coupé.

    Un lien parfois en guise d’anecdotes ou d’informations importantes sur le pays d’origine. Ainsi, Mamadou Diallo se souvient d’avoir appris sur une station dakaroise le « shopping, à Paris, de 26 millions de FCfa d’un ex-ministre et fils de chef d’Etat. C’était amusant parce qu’il s’en était suivi une petite polémique avec ma femme sur l’utilité de sortir ce genre d’info », poursuit-il.

    Mista Aw se remémore « l’annonce des résultats du la présidentielle 2012 avec la défaite du président sortant, Abdoulaye Wade. Je ne l’oublierai pas, car ce fut l’un des jours les importants dans ma vie ». Lamine Guèye évoque le récent rappel à Dieu de Serigne Mansour Sy, « ce fut un long dimanche de tristesse ».

    A l’heure d’une forme de crise des modèles économiques de la presse d’une manière générale, la radio a su s’allier au web, le support du futur selon plusieurs professionnels, pour continuer d’exister et surtout, étendre ses antennes sur l’ensemble de la diaspora. Ce tour d’horizon, subjectif, nous montre, s’il en était besoin, tout l’intérêt que les Sénégalais de l’extérieur gardent sur les radios nationales, mais aussi leurs réserves et réticences.

    LeSoleil – Moussa Diop

    Lu par 1534 Boytown

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