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L’étape suivante des terroristes: Dakar

Lu par 13407 Boytown

Se prononçant sur la situation au Mali qui a pris un coup d’accélérateur avec l’intervention militaire  de la France, Alioune Tine, président de la Raddho est d’avis qu’il faut mettre en place un groupe de contact pour réintroduire les diplomates africains dans le jeu. Il estime que les jihadistes qui occupent le Nord du Mali sont un véritable danger terroriste pour toute l’Afrique de l’ouest. Et d’avertir que l’étape suivante des terroristes, c’est forcément Dakar.

Comment appréciez-vous la décision du Sénégal d’envoyer des troupes au Mali dans le cadre du contingent  de la CEDEAO ?
Il me semble que c’est une très bonne chose parce que c’est dans la géopolitique immédiate du Sénégal où nous avons vraiment les organisations islamistes terroristes et leur avancée vers le sud à Bamako. L’étape suivante c’est forcément Dakar, donc le Sénégal a bien fait d’envoyer un contingent. Il y a aussi le Niger, le Burkina Faso, le Togo, le Bénin, le Nigéria. Je pense que ce dernier pays va peut-être assurer le commandement  de ces forces de quelque 3300 militaires qui sont prévus.

Sincèrement, ce qui se passe au Nord du Mali avec la présence de mouvements terroristes qui ne respectent rien, violent les droits humains et les libertés fondamentales de façon permanente, coupent des bras,  violent des femmes, épousent des fillettes de 13 ans, est très grave. Sans compter que les gens n’ont plus aujourd’hui le droit de s’habiller comme ils veulent, de danser, d’écouter de la musique.

C’est curieux, avec tout ce que vous dites, il a fallu que la France s’engage pour que commencent à se déployer des troupes africaines. Et cela fait quelque neuf mois que cela traine. Comment expliquez-vous ce qui ressemble à un désintérêt de la société civile africaine et de la classe politique africaine?
Vous posez une excellente question. Il me semble qu’au départ il y avait un véritable début de mobilisation des Etats et des chefs d’Etat. J’ai même assisté à un de leurs sommets à Abidjan. Des dispositions très claires avaient été prises pour s’engager dans la bataille. On a entendu la France, François Hollandes à l’époque, qui avait pris des décisions très fermes d’arrêter et de libérer le territoire malien.

Qu’est-ce qui s’est passé par la suite ?
L’Algérie n’a pas marché. Et l’Algérie du point de vue diplomatique, c’est une voix très forte aussi bien aux Nations Unies (ONU), qu’à l’Union Africaine où elle est  très écoutée au Conseil de paix et de sécurité. L’Algérie a toujours été une diplomatie écoutée à travers le monde, A l’époque où il était ministres des Affaires étrangères même Bouteflika (ndlr-le Président Algérien Abdel Aziz Bouteflika) a eu à présider pendant longtemps le Conseil de sécurité de l’ONU. Donc il me semble que cet élan, ce mouvement vers l’attaque a été bloqué par l’Algérie qui ne voulait pas du tout d’une guerre à sa frontière.
L’Algérie a considéré de façon «égoïste» ses intérêts, sa propre sécurité. C’est cela le problème et ils ont bloqué la mouvance.

Que l’Algérie considère ses propres intérêts c’est une chose, mais que les Maliens ne considèrent pas leurs propres intérêts c’en est une autre. On a comme l’impression qu’il y avait un no man’s land qui était là et que c’était convenu. On n’a pas entendu les Africains de la bande Soudano-sahélienne ?
On les a entendus. Ils se sont organisés, mais en réalité il faut dire que la diplomatie de l’Afrique de l’Ouest et de la CEDEAO est une diplomatie qui est très faible par rapport à l’Algérie. Franchement c’est là une des données qui expliquent cela. D’autre part, il y a quand même les querelles politiciennes au Sud du Mali. A Bamako les gens ne s’entendaient pas. Il y avait un bon nombre de politiciens qui étaient très frustrés et qui soutenaient Sanogho (ndlr-Capitaine Amadou Sanogho, auteur du coup d’Etat de mars dernier au Mali). Il prétendait que le Mali pouvait vraiment libérer le territoire national, mais tout le monde sentait que l’Armée malienne était en décrépitude totale. Vous savez c’est en quelques jours, en moins d’un mois que les islamistes ont occupé tout ce territoire. Il n’y a pratiquement pas eu de combat ni de résistance.

On estime leur nombre à 900 selon certaines sources, d’autres parlent de 1200 et 1500. Ils ont hérité de toutes les armes de la Libye. Des mitraillettes, des voitures blindées et même des missiles sol-air. Et ils se sont vraiment approchés de l’aéroport de Sévaré qui devait effectivement recevoir toute la logistique militaire justement de la communauté internationale. Là ils ont franchi la ligne rouge. En prenant Sévaré, en réalité ils empêchaient toute intervention internationale. Dès que les gens l’on senti, les Maliens ont été les premiers à se réveiller avec Dianko Cissokho (Le Premier ministre Ndlr) qui est passé dans toutes las capitales sous-régionales. Je pense que c’était une forme d’alerte pour dire «écoutez ça ne va pas, il faut réagir». Je pense que les chefs d’Etat aussi, ont eu à discuter et à échanger lors de leurs rencontres. Disons qu’il y avait beaucoup de confidentialité dans l’affaire, mais quand ils ont voulu s’emparer de Sévaré, à partir de ce moment là ce sont les autorités maliennes elles-mêmes qui ont demandé l’intervention internationale. C’est cela qui a précipité l’intervention et c’est la France, malheureusement qui est intervenue d’abord.

C’est la France qui est intervenu d’abord, alors que l’Union Africaine, la CEDEAO, etc. Dans un contexte où on parle de la réappropriation de notre souveraineté, cela ne pose-t-il pas problème ?
Cela pose un très grand problème. Il ne faut pas se voiler la face, que ce soit la CEDEAO ou l’Union Africaine, on a un problème de leadership. On vit une véritable crise de leadership dans la sous-région. Et concernant cette crise au Mali, le déficit, la faiblesse, c’est d’ailleurs ce qu’on appelle «l’Alerte d’urgence». La CEDEAO a pourtant un mécanisme d’Alerte d’urgence. Comment ces gens qui ont quitté le Niger, ont pu longer l’Algérie, les frontières mauritaniennes, jusqu’à pénétrer au Mali sans que personne n’ait prévu cela? C’est vrai que quand ils sont arrivés à la frontière du Niger, ce dernier pays les a stoppés, mais ils ont demandé au Mali de Amadou Toumani Touré, et ATT (ndlr-diminutif du nom de l’ancien président malien Amadou Toumani Touré) a demandé qu’ils prolongent.

Il est évident qu’on était à un mois et quelques jours des élections au Mali. Est-ce qu’il n’y avait pas de calcul là-dedans? Qu’est-ce qui a poussé le président à ne pas dire non? Toujours est-il que ça a été une catastrophe. Et le fait que Sanogho ait pris le pouvoir avec son coup d’Etat militaire n’a pas du tout arrangé les choses. Il y avait une bonne frange de Maliens de l’extrême gauche, des hommes politiques qui ont soutenu le Capitaine Sanogho, qui sont sortis dans la rue, qui étaient contre. Et cela nous l’avons vu à travers la presse internationale. Mais aujourd’hui, ils ne peuvent rien dire parce que quand-même, trop c’est trop.

En quoi ?
Ce danger n’est pas seulement un danger pour le Mali, c’est un danger pour toute l’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, le Niger se trouve dans une situation extrêmement fragile : vous avez d’abord la Libye au Nord, vous avez le Mali, mais en même temps, de l’autre côté du Nigéria vous avez  les «boko haram» qui entrent et qui sortent.  Vous avez le Burkina Faso où on a également une bonne population touareg. Malgré tout, le Burkina est menacé à sa frontière. Vous avez la Mauritanie qui, d’ailleurs, reçoit toute l’élite  touareg. Vous avez maintenant le Sénégal de mon point de vue.

Pourtant, on a comme l’impression que le Sénégal ne se sent pas concerné ?
J’ai eu des discussions avec les autorités, il y a beaucoup de discrétion dans le travail du Sénégal. Si vous avez remarqué, il y a aujourd’hui un véritable recentrage de la diplomatie sénégalaise. Il me semble d’ailleurs, et il n’y a pas de hasard si l’ancien patron de la diplomatie est parti et qu’il y ait un nouveau patron qui se recentre sur l’Afrique de l’Ouest. Et effectivement il y a aujourd’hui des décisions qui me semblent extrêmement importantes qui sont prises pour la première fois. Vous savez, le diplomate qui est à Banjul ou qui est à Bamako, au Niger ou ailleurs est sur le même pied d’égalité que celui qui est Paris ou a Washington. Cette promotion de la diplomatie dans la sous-région est une décision extrêmement importante.

Maintenant on aura plus besoin de dire qu’on est diplomate de carrière on est à Genève etc. Donc celui qui est là, en terre africaine, est véritablement promu et ne va pas se sentir tout petit par rapport à quelqu’un qui est Paris ou ailleurs. Il n’y a pas beaucoup de bruits actuellement, mais on est en train de retravailler la diplomatie sénégalaise. Cela montre qu’on est en train de travailler sur la diplomatie des cercles concentriques.

Concernant l’engagement sur le Mali, je pense que cela a toujours été très net. J’ai eu l’occasion d’assister à un sommet où le discours du président de la République concernant le Mali se résumait ainsi: «la sécurité du Mali c’est la sécurité du Sénégal, c’est la sécurité de la CEDEAO». C’est ce que j’ai entendu dire.

Il s’agissait plutôt de la population, de la société civile sénégalaise etc. On n’a pas l’impression qu’elles se sentent  concernées?
Vous avez raison, sauf que nous, nous avons été au Mali au début de la crise (la Raddho Ndlr), nous avons rencontré tout le monde, tous les candidats à la présidence de la République à l’époque. Nous avons rencontré la société civile, les chefs religieux et je vous assure que dans la société civile, dans la société politique et dans la société religieuse, il y en a qui soutenaient Sanogho. Les choses ont beaucoup évolué par la suite. Nous avons fait notre rapport. Nous sommes allés à Ouagadougou où nous avons assisté à la rencontre entre le médiateur et les Maliens. Nous avons donné une conférence de presse et pour la première fois d’ailleurs nous avons sorti le concept de «Mali comme Afghanistan de l’Afrique».

Qu’est-ce à dire ?
Ce concept est très précis parce que vous avez les Boko haram, les chébab, mais aussi AQMI, Al-Quaïda. Bref, vous avez toute l’internationale terroriste islamiste au Mali. Nous avions attiré l’attention et quand nous sommes venus, pour la première fois nous avons dit, et c’est à travers les antennes de Sud Fm, «dans Al-Quaïda en Afrique de l’Ouest, Il y a des Sénégalais». Nous avons eu l’occasion de le vérifier. Quand j’étais à Ouagadougou, dans un hôtel où on avait toute l’élite touareg, des gens m’ont donné une clé USB et m’ont montré des interprètes voilés qui sont des Sénégalais. Ils m’ont dit que les Sénégalais faisaient partie des gens les plus nombreux à MUJAO.

Je pense que depuis les indépendances de l’Afrique on n’a jamais eu une menace de cette ampleur, de cette complexité dans la sous-région. C’est comme ce qui est arrivé depuis un certain temps pour le VIH/SIDA qui n’est pas né en Afrique. Mais tout d’un coup nous l’avons reçu comme si nous étions la poubelle de l’humanité. Et pour ce qui est de l’islamisme, nous ne connaissons pas. L’Islam africain est un Islam pacifique, extrêmement tolérant, qu’on le veuille ou non. Mais avez vu comment on s’est attaqué à l’Islam africain à travers ses mausolées, ses saints.

Et pourtant on n’a pas entendu les religieux ?
Et là où je vous rejoins, nous n’avons pas entendu les confréries sénégalaises par rapport à cela. Or ce volet spirituel est extrêmement important. Je pense que le pays le plus interpelé par rapport à ce qui se passe au Mali c’est la Sénégal. Il faut absolument que nos chefs religieux soient conscients de ce qui s’est passé au Mali et qu’on commence à promouvoir l’Islam sénégalais, l’Islam africain sans complexe.  C’est cet aspect qui est très sournois dont on n’ose pas discuter qui fait problème parce que le Mali aussi est un pays musulman à plus de 95%, où les gens sont très croyants. J’en veux pour preuve le tollé sur la réforme du Code de la famille que les autorité étaient obligé de ranger. Pour dire que très sincèrement on ne peut pas comprendre que des gens qui se réclament de l’Islam s’attaquent avec une telle violence aux musulmans africains, à leurs symboles, à leurs codes, à leurs traditions, ça n’a pas de sens.

J’ai l’impression qu’ils n’ont pas suffisamment conscience que ce danger islamiste les cible directement, et nous tous. D’ailleurs vous avez raison, ce n’est pas une question qui regarde seulement les chefs d’Etat, on n’a pas entendu beaucoup de bruit de la part de notre classe politique sur la question Malienne.

De même que notre société civile, sauf le Forum de la société civile Ouest Africaine (FOSCAO) qui est un network qui s’est réuni au Ghana en novembre dernier pour discuter de la situation de l’Afrique de l’Ouest.
Nous avons été d’ailleurs particulièrement surpris que Ramano Prodi ait été nommé par les Nations Unies.

Pourquoi?
Vous savez, Romano Prodi ne connait pas le sahel. Quand il est venu, il était entrain d’apprendre ce qu’est le sahel, les réalités du sahel, les problèmes du sahel. Et la preuve. Lui qui avait prédit qu’il fallait commencer peut être les interventions à partir du mois de septembre, aujourd’hui il a tout faux.

Et il  y avait quand même de grands candidats africains, de grands diplomates Mohamed ibn chambas(ancien président de la Commission de la Cedeao. Ndlr), Cheikh Tidiane Gadio, étaient dans la short list. Je me pose la question de savoir pourquoi  comment on pu choisir Romano Prodi face quand même à de grands diplomates ouest africains qui auraient pu faire l’affaire. Donc c’est pour cela que je me suis dis aujourd’hui, vu la faiblesse et les limites vraiment réelles de la médiation du Burkina Faso, il faut s’acheminer vers la création d’un groupe de contact international sur le Mali. Il est indispensable. Au moment même ou les chefs d’Etat africains vont se réunir dans le cadre d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernements de la CEDEAO,  nous les invitons instamment à faire une proposition d’un groupe de contact international, avec des diplomates aguerris.

Je pense que c’est une manière de réintégrer les diplomates africains dans le jeu, et pour qu’ils puissent avoir leur mot à dire. Il me semble que la plupart des inquiétudes que vous soulignez proviennent de là. Cela veut dire qu’il y a un grand vide. Et qui fait effectivement qu’on a l’impression que les Africains par rapport à cette crise ont été mis de côté. Ce n’est pas par hasard  d’ailleurs si la France vient intervenir. Si on avait un groupe de contact depuis le début, je ne suis pas sûr qu’on ait eu cette situation où personne ne sait ce qu’il faut faire. Quand il y a eu des crises très graves comme en Mauritanie après le coup d’Etat il y a eu un groupe de contact, de même qu’en Guinée Conakry. Je pense que d’ailleurs c’est Ibrahima Fall qui dirigeait le groupe de contact international sur la Guinée Conakry. C’était lui qui avait été proposé par l’Union Africaine. Et sur le Mali l’Union Africaine a été particulièrement absente. Hors il recèle de pays qui ont une véritable expertise dans ce genre de conflit.

Avec Idriss Deby et les militaires du Tchad, je pense que ça peut aller beaucoup plus vite. Au moment de la survenue de la crise malienne, en intervenant sur les ondes de Sud Fm, j’avais dis qu’il fallait faire extrêmement attention de ne pas amener dans le désert des gens qui viennent des  la forêt et qui ne connaissent pas le désert. Et qu’il fallait compter avec Idriss Deby. Moi-même qui vous parle, j’ai été au Tchad. Et j’ai rencontré le Président Idriss Deby qui a manifesté son désir, sa volonté d’intervenir, juste avant d’aller au sommet de l’Union Africaine. Et donc, moi je pense que le moment est venu véritablement d’éradiquer dans la sous région ce fléau qui est un danger. Et également il faut que les Etats ne soient pas aussi naïfs.

De mon point de vue, le moment est venu pour voir comment il faut mutualiser surtout tout ce qui est forces de sécurité pour assurer vraiment la surveillance des frontières terrestres. Quand je quittais le Mali, j’ai parlé avec eux, ils m’ont dit à côté : « Dites à vos autorités de surveiller les frontières terrestres ». Ce n’est pas par hasard si avec le déclenchement de ce qui se passe que la France elle-même ait déclenché vraiment le plan Vigipirate. Donc, il semble que dans la sous région, il faut que les gens prennent toutes les dispositions nécessaires.

Si on en est là, n’est-ce pas que la CEDEAO a une part de responsabilité dans sa gestion du coup d’Etat de Sanogho, en bloquant la commande d’armes donc d’équipement du Mali 
Ecoutez, je ne pense pas. De ce côté ils ont été prudents. Et moi j’ai rencontré des Maliens à l’époque. Eux-mêmes ont fait beaucoup de lobbying pour dire attention, le monsieur va consolider son coup d’Etat si vous lui donner des armes. Il ne faut pas se voiler la face, aujourd’hui l’homme fort du Mali c’est Sanogho. Peut être la donne va changer bientôt. La manière dont il a chassé le Premier ministre qui est un Premier ministre de consensus, de la transition, démontre parfaitement ce qu’il en est. Sanogho a été conduit à la télévision malienne pour dire : Si jamais les populations ont besoin de moi, il la répété deux ou trois fois, pour  indiquer qu’en réalité, il est en réserve de la République. Si voulez, je pense que les ambitions politiques personnelles de Sanogho et de pas mal de gens de la classe politique malienne ont contribué au pourrissement de la situation.  De même que les gens ne soient pas intervenus tout de suite. Les gens avaient une certaine lassitude par rapport aux querelles politiciennes intestines qui ont bloqué toute initiative de la communauté internationale par rapport à la situation au Mali.

Comment comprendre que des armes aussi importantes aient transité de la Libye vers le Mali, sans que cela n’attire l’attention de personne, alors que la CDEAO a mis en place un dispositif d’alerte précoce ?
D’après les informations qu’on avait il y avait trente sept mille tonnes d’armement après la fin de la guerre en Libye. Les gens sont venus avec. Très sincèrement d’ailleurs, il  me semble que c’est avec ça que les gens ont eu raison de l’armée malienne. Vous avez un général qui est  au Niger,  Gamou, qui tenait Gao. Aujourd’hui, il semble que Gamou est prêt à  partir du Niger,  à intervenir. Ce qui veut dire que vous avez une élite militaire courageuse. Et ce qui est bien, c’est que Gamou est touareg. Et c’est le seul qui pratiquement a montré un courage exceptionnel lors de l’attaque des islamistes. Et qui dit aujourd’hui, nous sommes prêts avec nos hommes à reconquérir le Nord. Moi je pense que la situation est difficile. C’est pourquoi on a dit : « N’abandonnez pas le Mali ». Tout de même les Maliens ont été très mobilisés, en particulier les Maliens d’ici. Nous nous travaillons constamment  avec les cadres maliens d’ici. On se rencontre régulièrement, on discute et ils ont organisé des manifestations avec nous. Il y a également l’association des Maliens du Sénégal. Elle a fait des conférences de presse à plusieurs reprises  pour alerter l’opinion. Donc  pour moi, franchement c’est bon. On a un peu honte que se soit la France qui commence. Franchement ce ne sont pas de bons souvenirs par rapport à la colonisation. Je pense qu’il y a  d’abord deux faiblesses qu’il faut dire  à la CDEAO le système de sécurité d’alerte et de sécurité

Vous avez dit tantôt que c’est l’Algérie qui a freiné l’élan d’attaque parce que ne voulant pas de guerre à sa frontière. Cette coalition internationale contre ces islamistes mènerait-elle à grand-chose sans l’engagement ferme de l’Algérie pour qui l’occupation du Nord Mali était comme une bouffée d’oxygène parce que «débarrassée» de ses terroristes ?
Si je parle de la faiblesse de la diplomatie de l’Afrique de l’Ouest c’est à cause de l’Algérie qui a été à la base de ce qui s’est passé par la suite. De façon très claire elle a dit qu’elle ne voulait pas de guerre. Dès le début il y avait une volonté d’engagement des Etats. Après, on a parlé des pays du champ, indépendamment des pays de l’Afrique de l’Ouest ? C’était une division artificielle pour dire ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. Alors cela a mis beaucoup de temps, ils ont fait leur lobbying avec Hollande qui a un peu reculé, ils ont fait leur lobbying par rapport aux Etats-Unis.

Après il y a eu ce tassement et on a dit réglons les problèmes du Sud d’abord. Quand la résolution de l’ONU est sortie on a entendu les islamistes  dire de façon très claire : «Nous  sommes prêts à négocier ». Par la suite ils ont commencé à avancer vers Mopti, à prendre certaines localités et à avancer vers le Sud pour prendre Sévaré, donc à tromper l’adversaire. Je pense qu’aujourd’hui cela va être extrêmement difficile, complexe, ce n’est pas une mince affaire, mais il faut s’engager totalement, il faut un engagement international total.

Il faut tirer les leçons de ce qui s’est passé au Mali, prendre acte que nos Etats sont faibles, que nos Etats ne peuvent pas assurer leur propre sécurité. Cinquante ans après les indépendances, il me semble que ça fait réfléchir. C’est cela le plus fondamental. Et que des bandes armées peuvent venir du désert et s’accaparer d’un pays africain aujourd’hui. Ça c’est ahurissant.

Avec plus de 400 millions de personnes, l’Afrique de l’Ouest qui n’arrive pas à avoir une diplomatie pour contrer l’Algérie,  n’est-ce pas un véritable déficit de leadership ?
C’est le déficit, la crise de leadership de l’Afrique. Il y a une crise de la représentation, de la démocratie, de la gouvernance dans laquelle nous somme en train de patauger ici au Sénégal de façon très claire, sans compter la crise économique mondiale, qui nous mettent dans des situations très difficiles. Je pense que les élites africaines doivent se focaliser sur l’essentiel et rompre avec le paradigme de la manducation, de la transhumance comme on dit ici. Or il me semble que le moment est venu de mettre des groupes de réflexion, de voir quelles sont les alternatives à mettre  en place dans tous les domaines de la gouvernance, de la démocratie, de la politique, des institutions et que ce soit nous les africains qui alimentons cette réflexion.

Sinon, l’Afrique est le continent qui a le plus d’avenir parce que très jeune. Il y a de l’espace, des ressources naturelles énormes, des ressources humaines. Alors si les Africains ne s’organisent pas, en laissant de côté  toutes les querelles de bas étage, personne ne le fera à leur place.

Il y a aussi beaucoup à dire sur nos médias ici au Sénégal. Depuis que la crise a commencé, quels sont nos médias, je parle simplement de la presse écrite, qui parlent du Mali? Pourtant nous ne sommes pas une sorte d’ilot dans le désert, mais nous sommes quelque part entourés par d’autres et l’incendie qui est là-bas peut venir vers nous. N’empêche! Il me semble qu’il y a une réflexion à faire au niveau de la presse sénégalaise. Quand on écoute les revues de presse sur RFI, on n’entend plus la presse sénégalaise concernant ce qui se passe en Afrique de l’Ouest. Il faudrait qu’on soit une presse recentrée sur l’Afrique de l’Ouest. Pas seulement une presse trop, trop locale, trop sénégalaise. Cela permet à la presse d’alerter des dangers, des menaces, ce qui fait parti de son rôle. Il faut qu’on ait une presse bien formée qui s’ouvre sur le monde. Souvent quand les élites politiques et la société civile prennent conscience d’un phénomène c’est souvent grâce à la presse.  Cela fait partie des armes qui sont susceptibles consolider notre démocratie, notre sécurité.

Pensez-vous que c’est possible d’apporter des corrections à ces failles ?
Nous n’avons pas le choix. Je parle de la presse, mais où sont nos universitaires, nos intellectuels. En réalité, c’est eux les premiers qui devraient dire attention. C’est le moment aujourd’hui plus que jamais de se serer les coudes, avec les intellectuels, les médias, les politiques par rapport aux menaces sur la sécurité humaines de façon globale.

sudonline

Lu par 13407 Boytown

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