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    Libye: la boîte de Pandore est ouverte

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    L’attentat de Benghazi donne quelque peu raison à tous ceux qui ont mis en garde les pays occidentaux contre leur intervention militaire en Libye. Ils avaient en effet jugé que cela ouvrirait une boîte de Pandore susceptible de déstabiliser toute la région.

    Est-ce une nouvelle histoire afghane qui commence? L’attentat meurtrier, mardi 11 septembre, contre le consulat des Etats-Unis à Benghazi, et qui a coûté la vie à l’ambassadeur américain Christopher Stevens, sonne comme un terrible rappel au réel et présente, d’une certaine façon, un air de déjà-vu (le dernier assassinat d’un ambassadeur étatsunien remonte à 1979 en… Afghanistan).

    Retourner leurs armes contre leurs «bienfaiteurs»

    Alliés hier avec l’OTAN —dont l’intervention militaire a précipité la chute du régime (et la mort) de Mouammar Kadhafi— des factions de ceux que l’on appelait, il y a un an encore les rebelles, sont-elles en train de retourner leurs armes contre leurs «bienfaiteurs», comme jadis les moudjahidines afghans?

    Bien sûr, il est trop tôt pour répondre à cette question. Mais ce qui vient de se passer à Benghazi provoque de nombreuses interrogations.

    Le fait que cela se soit passé dans la ville qui fut le cœur de la rébellion libyenne est loin d’être anodin. Cela rend peu crédible la thèse d’une action menée par le camp résiduel des pro-Kadhafi.

    On le sait, la Libye est encore secouée par des violences sporadiques que le nouveau pouvoir présente comme relevant de l’activisme des derniers soldats perdus de l’ancien dictateur.

    Nul ne sait si c’est vraiment le cas ou s’il s’agit de règlements de comptes sur fond de rivalités régionales voire ethniques.

    En tous les cas, on voit mal des kadhafistes arriver à perpétrer un tel attentat à Benghazi. Et si c’est vraiment le cas, cela signifierait que le nouveau pouvoir libyen —très pro-américain— est incapable de contrôler le pays y compris dans les zones où il est censé jouir du plus grand soutien.

    La faction salafiste «Katibat Ansar al-Charia»

    L’autre hypothèse concerne bien évidemment les factions islamistes dont certaines ont longtemps été jugées comme proches d’al-Qaida par Washington.

    Des les premières heures ayant suivi l’attentat, de nombreux observateurs ont estimé que l’action avait été menée par des djihadistes ayant profité de la colère populaire à propos du «film» provocateur sur le prophète Mahomet.

    Mis en cause, la faction salafiste «Katibat Ansar al-Charia» (brigade des partisans de la charia), très présente dans la région de Benghazi, et lourdement armée, a nié toute participation et dénoncé des accusations «sans preuve ni enquête».

    Reste que les soupçons à l’égard de ce groupe radical restent élevés et témoignent de la difficulté que le nouveau régime de Tripoli éprouve à contrôler la composante islamiste de l’ex-rébellion.

    De fait, nombreux sont les observateurs qui estiment que le pouvoir libyen devra tôt ou tard se colleter avec les milices salafistes qui refusent toute alliance avec les Etats-Unis et ses alliés. Ainsi, l’attentat contre le consulat constitue le révélateur de tensions internes bien plus importantes qu’on ne le pensait.

    En envoyant deux navires de guerre en Méditerranée et en dépêchant deux cent marines en Libye, les Etats-Unis prennent à la fois le risque d’affaiblir le nouveau pouvoir libyen mais aussi celui d’une confrontation directe avec certains de leurs alliés d’hier.

    Une évolution qui, aujourd’hui, donne quelque peu raison à tous ceux qui ont mis en garde les pays occidentaux contre leur intervention militaire en Libye, jugeant qu’elle ouvrirait une boîte de Pandore susceptible de déstabiliser toute la région.

    slate

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