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Malgrè le décret d’interdiction, Gackou réexporte la ferraille

Lu par 8236 Boytown

On n’a pas fini de s’interroger sur ce qui ressemble à un blocage depuis trois mois du décret présidentiel portant interdiction de l’exportation de la ferraille, que le ministre du Commerce, de l’Industrie et du secteur informel redonne carte blanche aux ferrailleurs.

La nature a horreur du vide. Le ministre du Commerce, de l’Industrie et du secteur informel, El Hadj Malick Gackou, lui, n’a pas mis longtemps pour combler celui qui prévaut dans le secteur de la ferraille. Alors que le décret portant interdiction de l’exportation de la ferraille, adopté le 04 octobre 2012 en Conseil des ministres et publiée dans son communiqué, n’a toujours pas connu d’application, le ministre du Commerce, de l’Industrie et du secteur informel n’a rien trouvé de mieux que de réunir le syndicat des ferrailleurs, la semaine dernière, pour leur signifier la «levée» de la mesure d’interdiction de l’exportation de la ferraille.

Les différents acteurs interpellés sur le terrain confirment la réunion à laquelle le ministre les a convoqués, le mercredi 16 janvier dernier, aux fins de leur octroyer un «délai de grâce» de deux mois, le temps, disent nos interlocuteurs, d’ «organiser le secteur».  Ce sont les ferrailleurs indiens qui vont être contents. Eux qui sont accusés de jouer même sur les prix du marché local qu’ils gonfleraient pour, entre autres, priver les fonderies comme la chinoise Someta (Société métallurgique d’Afrique), de la matière première.

Au cœur de la ferraille
Le business de la ferraille au Sénégal est visible avec les gigantesques dépôts de ferraille  à travers la ville de Dakar. A Pikine, Seras ou encore Yaraakh, pour ne citer que ceux-là, on trouve de tout dans le fouillis. Cela va des panneaux de signalisation aux pots d’échappement en passant par  de vieux engins de pêche, regards des égouts, poteaux électriques, etc… Bref, autant d’objets qui proviennent pour la plupart de vols et dont la destination est, les conteneurs indiens. Un petit tour que nous avons pu effectuer ce vendredi à Pikine, au niveau d’un dépôt appartenant à des indiens est édifiant. Il suffit de voir, depuis l’entrée, les immenses tas de ferraille qui jonchent la grande cour du dépôt et les nombreux containers en chargement qui attendent, pour comprendre que la mesure d’interdiction de l’exportation n’est que… de la ferraille. Nos tentatives pour approcher et rencontrer le patron des lieux se sont heurtées à un non catégorique. Plus loin au quartier Seras, c’est un autre scénario. Ici, pas de containers visible mais les mêmes tas de ferraille qui jonchent la grande cour.

Contrairement à Pikine, ici, les personnes trouvées sur place qui se qualifient volontiers de «professionnels de la ferraille» sont plutôt de nature plus ouverte et c’est avec une disponibilité à saluer que les responsables qui ont tout de même requis l’anonymat ont accepté d’échanger sur la question.  Tout en confirmant la reprise de l’exportation autorisée par le ministre du Commerce, de l’industrie et du secteur informel, «pour deux mois», précisent-ils, ils estiment que la mesure d’interdiction est «pertinente» parce que «allant dans le sens de protéger l’industrie locale, créant des emplois et de la valeur ajoutée ». Seulement, ajoutent-ils, «il convient de réorganiser le secteur et pourquoi pas instituer un système de quotas après identification de tous les acteurs.»  Eux aussi sont pourtant dans l’exportation mais, précisent-ils, «légalement» !??

Un autre son de cloche cependant du côté de Yarakh où l’on retrouve cette fois, un autre dépôt appartenant à des indiens. Curieusement et contre toute attente, il n’a pas du tout été difficile pour nous d’y pénétrer malgré un grand portail clos que le gardien a bien voulu ouvrir, sur le même paysage apocalyptique, savant de nous mener sans problème auprès du patron, un indien bon teint qui la joue d’emblée «légaliste». «Nous nous respectons les décisions du gouvernement et c’est normal », déclare-t-il. Mais c’est pour ajouter tout de suite : « Si on arrête l’exportation, ça va être dur le Sénégal et les sénégalais qui travaillent dans la ferraille. » Tout un programme.

Informel
Il y a quelques jours déjà, nous nous interrogions sur la mesure d’interdiction adoptée en Conseil des ministres, en supposant que ce n’était en fait que la ferraille agitée aux oreilles des sociétés métallurgiques et autres fonderies. Le caractère informel de la liberté prise par le ministre du Commerce, de l’industrie et… du secteur informel d’autoriser la poursuite des activités d’exportation de la ferraille, alors même que le projet de décret semble subir un blocage inexplicable dans les méandres de l’administration, semble le confirmer.

Ce sabotage, faut-il le rappeler,  organisé par ceux-là qui ne voudraient pas de ce décret, pose un réel problème de sécurité, économique et de menace à l’ordre public par des gens qui ont tenté les mêmes pratiques au Mali, après l’interdiction par le Gouvernement Malien de l’exportation de la ferraille.

Au Sénégal, comment comprendre une importation annuelle estimée à 300 000 tonnes de fer à béton pour un marché local estimé à quelque 90 milliards de FCfa dont 80% sont importés par Afric Metal, Socemat, Siba, entre autres ? Et qu’en même temps on attire des investissements dans le secteur de la fonderie et de la métallurgie pour justement produire en quantité du fer à béton à chaud à partir d’une matière première que l’on s’évertue à rendre indisponible à ces dites fonderies…

 Sudonline

Lu par 8236 Boytown

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