Nicolas Simel Ndiaye, rédacteur en chef de Terangaweb.com
Lu par 332 Boytown
Terangaweb.com ou encore L’Afrique des idées… Oui c’est de cela dont nous allons parler avec Nicolas Simel Ndiaye. Ce jeune sénégalais basé en France est Rédacteur en chef de ce portail internet dont il est le principal fondateur. Il répond aux questions de Mamichou sur ce projet qu’il porte depuis deux ans et demi.
Bonjour Mr Ndiaye et je dirais même Nicolas si vous me le permettez, pouvez vous nous dire un peu qui vous êtes et nous expliquer votre cursus.
Je suis un étudiant sénégalais résidant à Paris. J’ai fait mes études à Dakar jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat en 2006. Je suis ensuite allé à Paris où j’ai d’abord effectué une année en classe préparatoire littéraire (hypokhâgne). J’ai ensuite intégré Sciences Po et depuis un an je fais un double programme en Master entre Sciences Po (cursus Affaires Publiques) et HEC Paris (cursus Management). Parallèlement à mes études, j’essaie aussi d’avoir un engagement associatif et citoyen à travers diverses structures dont l’association Terangaweb – L’Afrique des Idées.
Qu’est-ce-que Terangaweb?
En réalité, il y a eu deux Terangaweb même s’il existe bien entendu un fil conducteur entre les deux versions. Le premier Terangaweb est un blog que j’avais créé en janvier 2009 avec trois autres amis sénégalais. A travers les articles que nous publions, il s’agissait pour nous d’amener les jeunes sénégalais à se sentir davantage concernés par les questions économiques, culturelles et politiques relatives au Sénégal.
Depuis janvier 2011, notre projet a considérablement évolué en devenant Terangaweb – L’Afrique des Idées. Notre portail internet ne concerne plus seulement le Sénégal mais porte indistinctement sur l’ensemble du continent. Quand nous avons lancé Terangaweb en janvier 2009, ce qui était alors plus un blog qu’un portail internet se focalisait uniquement sur le Sénégal et nous n’avions pas réussi à réunir beaucoup de rédacteurs ni même à élargir notre audience. Sur ces trois points, il y a eu de réelles avancées. Depuis la nouvelle version du site devenu Terangaweb – l’Afrique des Idées, nous nous sommes ouverts à l’ensemble du continent. Ce positionnement se reflète aussi bien dans le continu de nos publications que dans la diversité de la trentaine de membres qui composent notre équipe et qui résident un peu partout en Afrique (Rwanda, Burkina Faso, Sénégal, Maroc, etc.) et au sein de la diaspora (France, Canada, États-Unis, etc.).
Quels sont aujourd’hui vos objectifs?
Un de nos objectifs est aujourd’hui d’amener la jeunesse africaine à réfléchir davantage à des sujets liés aux enjeux de développement du continent, dans plusieurs domaines tels que la culture, l’économie, la politique, le développement des villes. C’est ainsi que nous publions chaque jour un article d’analyse sur divers sujets. L’intérêt pour nous est de proposer une plateforme multidimensionnelle autour de laquelle se retrouvent et réfléchissent les jeunes africains du continent comme de la diaspora ainsi que toutes les personnes intéressées par l’Afrique. Notre engagement se fait dans le cadre de ce que nous appelons l’afro-responsabilité, à savoir mieux comprendre les énormes défis auxquels fait face le continent africain afin d’œuvrer à ce qu’il puisse les relever.
Terangaweb – L’Afrique des Idées se positionne aussi comme un jeune think tank avec l’ambition de devenir dans quelques années un acteur public du débat africain. C’est ainsi que nous menons des réflexions relativement poussées sur des sujets tels que la question monétaire, le rapport de la jeunesse africaine à l’État ou encore la question des minorités.
Au delà des articles que vous publiez chaque jour sur votre portail internet, y a t’ils d’autres aspects importants que l’on savoir?
Par rapport à notre ambition de devenir un acteur du débat public africain, nous nous sommes officiellement constitués en association de loi 1901 basée en France et avons activement participé au dernier Forum Social Mondial qui s’est tenu au Sénégal en février 2011. A la rentrée en octobre, nous comptons organiser une conférence sur le Franc CFA et les questions monétaires en Afrique. De façon générale les challenges concernant notre projet sont considérables ; nous réfléchissons en interne et nous nous faisons accompagner par des personnalités pour définir les angles par lesquels nous pourrons continuer à approfondir notre engagement.
Comme tout sénégalais, vous etes certainement concerné par les derniers évènements survenus dans notre pays. En tant que observateur, quelle lecture faites vous de la situation actuelle du Sénégal et quel futur voyez-vous également pour notre cher pays?
C’est une lapalissade que de dire que le Sénégal est à un tournant crucial de son histoire politique moderne. Ce qui s’est passé ces derniers mois, et qui s’est notamment cristallisé dans les évènements du 23 et du 27 juin, est particulièrement révélateur d’une double tendance de fond qu’on observe de plus en plus en Afrique depuis les révolutions du Jasmin et du Nil.
La première chose est que les populations et notamment la jeunesse, dont les pouvoirs politiques en place se sont coupés, se sont (enfin!) découvertes une incroyable disposition à la résistance avec cette capacité inédite à dire NON. Je connais bien les pays d’Afrique du nord; en Tunisie et en Égypte, il y a encore un an il était absolument inconcevable que les populations s’opposent à Ben Ali et à Moubarak. Aujourd’hui au Sénégal, les populations ne sont plus prêtes à faire la moindre concession au pouvoir en place.
Le deuxième aspect de cette tendance est que l’opposition, jusque là cantonnée à des partis politiques, est devenue spontanée, transpartisane, et en partie portée par des mouvements de la société civile.
Et la jeunesse y joue d’ailleurs un rôle très important…
Tout à fait, les jeunes constituent, y compris au Sénégal, la composante essentielle de ces mouvements. Leurs revendications ne sont d’ailleurs pas pour l’essentiel d’ordre politique, mais d’abord et surtout d’ordres économique et social. Cet aspect est loin d’être négligeable. Il dit surtout une chose : au Sénégal, le pouvoir qui sera désormais en place, quel qu’il soit, devra être capable de trouver des solutions concrètes aux problèmes des sénégalais. Parmi ceux-ci, il existe un certain nombre de priorités évidentes : la question énergétique, l’éducation et la santé, l’emploi des jeunes, la baisse du coût de la vie en ce qui concerne notamment les denrées alimentaires. On retrouve d’ailleurs là quelques objectifs du Millénaire pour le Développement, qui, hélas au-delà de 2015, continueront à constituer des préoccupations majeures pour des pays comme le Sénégal. Relever ces défis nécessite d’avoir un pouvoir politique doté d’une vraie vision d’avenir pour le Sénégal et pour sa jeunesse, qui se donne les moyens de décliner et de mettre en œuvre cette vision avec une véritable culture du résultat et qui s’entoure de personnes réellement compétentes. Tout cela ne se fera qu’avec une réelle prise en compte de la jeunesse, de ses talents, de ses aspirations, de ses préoccupations. C’est cela l’avenir du Sénégal.
Selon vous quel est le comportement qu’un vrai Boytown doit adopter?
D’après ce que j’ai compris de la notion de Boytown, celle-ci est assez large pour que tous les jeunes sénégalais puissent s’y retrouver. Alors j’utiliserai cette phrase de Franz Fanon pour répondre à votre question : « Chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. »
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