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Penser par les africains pour l’Afrique

| 10.12.2012 | 0 Commentaire

Lu par 722 Boytown

«Construire l’unité et l’intégration de l’Afrique: quels chemins et quelle étapes, où en sommes nous en 2012 ?», c’est le thème d’une table ronde de haut niveau qui a réuni hier vendredi 7 décembre à Dakar anciens chefs d’Etat africains, historiens et autres intellectuels du continent. Il ressort de cette rencontre que l’unité de l’Afrique qui est un impératif catégorique butte sur le manque de volonté politique et ne peut se matérialiser sans l’implication de la base notamment les collectivités locales fortes et les populations.

Le Sommet Africités 2012 a entamé depuis hier vendredi 7 décembre son dernier virage avec le démarrage des rencontres politiques. C’est dans ce cadre qu’une table ronde sur le thème «Construire l’unité et l’intégration de l’Afrique: quels chemins et quelle étapes, où en sommes nous en 2012 ?» a réuni au King Fahd Palace hôtel anciens chefs d’Etat africains et intellectuels du continent. Les panélistes étaient Nicéphore Soglo, ancien président du Bénin, Pedro Pires, ancien président du Cap-Vert, le professeur Iba Der Thiam, historien, Mme Rose Molokoane de SDI Zimbabwe, membre de la fédération des bidonvilles d’Afrique regroupant 16 Etats et le Syndicaliste Jean Marc Bikoko du Cameroun.

Babacar Touré, le président du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) en était le modérateur. Selon lui, même si tous s’accordent que l’Union africains est un impératif, «tirer les enseignements du passer peut aider à mieux comprendre l’avenir. L’Afrique a été le berceau de l’humanité, est-ce que l’Afrique peut devenir l’avenir du monde? La réponse à la question dépend des africains».
Babacar Touré, réagissant par rapport aux échanges suscités par cette question auprès de l’assistance, a souligné que «l’importance ce n’est pas les réponses des panélistes aux questions du public, mais les questions que l’assistance va soulever pour prolonger le débat».

NICÉPHORE SOGLO, ANCIEN PRÉSIDENT DU BÉNIN ET MAIRE DE CONOU
Agir sur l’énergie et la sécurité alimentaire

Pour Nicéphore Soglo, l’ancien président béninois, qui reste convaincu que l’UA aurait du avoir suffisamment de pouvoir, la réalisation de l’unité africaine devrait passer par plusieurs étapes dont un plan Marchal. «Il faut un plan Marchal pour l’Afrique surtout dans les domaines de l’énergie et de l’accès à la nourriture». Il en veut pour preuve, par exemple sur le plan énergétique, le seul Fleuve Inga en République Démocratique du Congo «peut fournir de l’énergie à tous les Etats africains et vendre 15 pour cent de cette énergie à l’extérieur» au moment où tous les pays du continent souffrent délestage. L’autre constat c’est que le Niger dispose de l’uranium qui alimente le nucléaire qui est à la base de plus de 80 pour cent de l’énergie en France.

Pour ce qui est de la nourriture, à son avis, la révolution verte doit être l’affaire de tous les Etats qui sont appelés à faire des recherches dans ces domaines. «Si nous parvenons à maîtriser ces deux volets, en réglant l’énergie et la question de la nourriture, nous pourrons aborder les autres questions avec sérénité. Seulement, le problème c’est comment nos Etats vont négocier avec ceux qui viennent investir dans nos pays ?».

Selon Nicéphore Soglo, autant les Américains ont mis de l’argent en Europe, autant ils ont mis de investi en Asie créant les conditions d’un développement à travers la construction d’infrastructures tout en combattant les pays communistes. «Mais qui a investi en Afrique subsaharienne ? Personne !». Or on a perdu pendant des siècles des millions de nos bras valides qui ont contribué à développer l’Amérique. Nous avons une capacité de résister au choc», a-t-il noté.
Poursuivant dans la logique des africains à résister au choc, il a indiqué que l’ONU prévoit que la population africaine va augmenter d’environ un milliards de personnes malgré les catastrophes, le sida. «Il faut savoir profiter de cet atout que représentent les hommes». Il n’a pas manqué de décrier les politiques d’ajustement structurelles imposées aux pays du continent et la fuite des cerveaux. A l’en croire, il y a un nombre important d’intellectuels et de spécialistes et autres experts et techniciens qui tiennent des secteurs névralgiques de l’économie des pays développés. Ils sont éboueur, infirmiers, médecins, docteurs, professeurs, avocats, spécialistes des questions énergétiques, etc. et refusent de rentrer chez-eux pour mettre leur expertise à la disposition de leur pays ou aider à développer ce dernier.

PEDRO PIRES, ANCIEN PRÉSIDENT DU CAP-VERT
Vaincre la dépendance par des initiatives propres

Un autre chef d’Etat a poussé la réflexion en dénonçant la dépendance. Selon Pedro Pires, ancien président du Cap-Vert, en Afrique, «nous avons une habitude de consommateur (produits manufacturés, idées, matériels, machines, etc.). Il est temps de changer de paradigme et passer à la production autant de ce que nous consommation que des idées pour nous développer, sinon, nous resterons toujours dépendants». Et la stratégie qu’il a proposé c’est de penser dans le long terme pour vaincre les dépendances, penser à l’avenir de façon libératrice. Il s’agit de lutter contre la «dépendance en gagnant notre autonomie par des initiatives propres».

Aussi, l’Afrique pour réussir son unité doit dépasser ses «contraintes, à tenir compte de disparités et diversités culturelles africaines, tout en mettant en avant les valeurs de solidarité, d’égalité et de liberté». Pour cela, la confiance est un facteur fondamental. Mieux, a-t-il poursuivi, non seulement le contient doit avoir son propre représentant au Conseil de sécurité des Nations Unies pour défendre ses intérêts, il doit revoir ses rapports avec le FMI et la Banque mondiale. Et de s’offusquer: «comment accepter que le siège de l’Union africaine, symbole de l’unité africaine, soit construit par un pays étranger alors que l’Afrique regorge d’immensément de ressources et de richesses ?»

PROFESSEUR IBA DER THIAM, HISTOIREN
«L’Unité de l’Afrique nécessite le renoncement à certaines de nos souverainetés»

Le professeur Iba Der Thiam a montré que l’unité est la seule issue pour développer l’Afrique. «La seule stratégie qui existe est qu’on est à l’heure des grands ensembles. Sans l’union, l’Afrique ne peut se développer». Cependant, au lieu d’être en route vers cette unité, l’historien a l’impression que l’Afrique est en train de reculer sur ce point. Or, on avait de grands ensembles à travers les regroupements socioprofessionnels durant la période coloniale et au début des indépendances.

Dénonçant les crises et conflits sécessionnistes (Soudan-Soudan du Sud, Mali, etc.) Iba Der Thiam est convaincu que l’Afrique ne peut avancer que «si nous sommes unis. Et nous ne pourrons réussir cette unité que si nous acceptons de renoncer à certaines de nos souverainetés». Et l’axe fondamental pour cette unité, reste la culture, car nos partagent les mêmes valeurs, les mêmes langues, les mêmes modes de vie. «Nos populations vivent l’unité entre eux, donc il faut commencer par la base en fédérant ces populations. Or, j’ai l’impression qu’on a pris le taureau par les mauvaises cornes. Et au rythme des rapports de force, nous risquons d’être recolonisé, déjà les occidentaux sont en train de prendre nos terres», a-t-il prévenu. Et d’ajouter que les «fondements de l’unité africaine c’est la volonté politique, mais malheureusement nous avons en Afrique des chefs d’Etat qui ne sont pas panafricanistes».

Toutefois, Iba der Thaim a invité à déjouer «le piège de la langue dans lequel nous a installé la colonisation». A ce propos, l’exemple de l’éclatement de la Sénégambie qui était composée par deux pays habités par un même peuple partageant la même culture que la colonisation a séparé est évocateur. Cet échec s’explique, à l’encroire, par la fait qu’on n’a pas intégré le volet culturel (mêmes ethnies, mode de manger, de s’habiller, de se marier, mêmes langues), dans l’intégration de ces peuples que seule la langue du colonisateur sépare, en plus de la frontière.
S’y ajoute le refus du Sénégal de la présidence rotative de la Sénégambie demandée par la Gambie à l’époque. Aussi, s’intéressant l’ensemble constitué par le Sénégal et le Mali au moment des indépendances, l’historien a affirmé que «c’est la France qui a fait éclater la fédération du Mali». Donc, a-t-il noté, «la culture est le meilleur et court chemin pour fédérer les peuples. Il faut penser par nous-mêmes et ne pas transporter les idées des autres».

LE SYNDICALISTE JEAN MARC BIKOKO
«Les accords secrets des dirigeants freinent l’UA»

Le Syndicaliste Jean Marc Bikoko du Cameron a souligné que l’intégration africaine ne peut se réaliser les travailleurs. A l’en croire, la libération de l’Afrique a été portée par les travailleurs, «donc on ne peut pas parler d’unité africaine en laissant en marge les travailleurs. L’unité des peuples est déjà réelle, mais le colon, percevant en cela une force a séparé les communautés en deux à travers le tracé des frontières et les dirigeants ont suivi». Et l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) n’a fait que chanter la chanson de ceux qui l’ont mis en place, laissant en rade les populations alors que dès l’indépendance tous étaient favorables à l’idée de l’unité.
Le syndicaliste ra relevé que l’Afrique compte 53 Etats aujourd’hui. «Le Sud Soudan a été créé en violent le principe de l’intégrité des frontières, et si l’on n’y prend garde, nous seront à plus de 60 Etats compte tenu des velléités sécessionnistes un peu partout sur le continent (RD Congo, Mali, etc.)». Revenant sur l’annexion de la Libye sous Kadhafi, il a affirmé que le droit d’ingérence a été crée par les occidentaux «pour nous recoloniser». C’est pourquoi il a conseillé d’aller vers la création de fédération.

Pour cela, il faut harmoniser les tarifs et barrières douanières, créer une monnaie africaine, des zones de libre échange. «L’unité de l’Afrique est un impératif catégorique, mais le problème c’est les dirigeants qui ont des accords secrets qu’ils ne veulent pas révéler tout en maintenant les populations dans la pauvreté. L’unité et le développement devrait passer par le soutien des collectivités locales et des travailleurs. Et de paraphraser Carl Marx: «travailleurs africains unissez-vous», a-t-il déploré.

MME ROSE MOLOKOANE DU SDI ZIMBABWE L’unité par le partenariat entre gouvernants et populations

En plus des cultures, l’Afrique a ses propres réalités qui nécessitent l’intégration des peuples. Et le chemin le plus court pour y parvenir, c’est le partenariat entre les populations et le gouvernement. C’est la conviction de la Zimbabwéenne Mme Rose Molokoane de la Fédération des bidonvilles regroupant 16 pays du contient. Ainsi, les gouvernements locaux doivent servir de trait d’union en prônant la gestion participative comme mode de gestion. «Mais cela ne suffit pas, il faut un partenariat effectif: information, prise de décision, choix des priorités des populations, bref, que les gouvernants formulent les meilleurs stratégies», a-t-elle dit.
Pour la panéliste, il faut une Union africaine des pauvres à côté de l’UA des gouvernements et des politiques. Pour cela, «il faut échanger avec nous (ndlr-les pauvres), cesser de nous regarder avec pitié, mais en partenaires. Nous ne sommes pas la confrontation, mais pour des échanges. Il nous appartient de nous unir, c’est seulement unis que nous les politiques nous écouterons», a suggéré la Zimbabwéenne, précisant que le mal de la décentralisation dans nos pays c’est que le gouvernement donne mandat aux collectivités sans transférer les moyens.

L’autre aspect relevé par Mme Rose Molokoane, c’est la maitrise de la pression foncière avec le problème de la réforme agraire qui se pose avec acuité. A l’en croire, pour réussir le pari du développement, il faut mettre le foncier au cœur des programmes et le sécuriser, car les pauvres n’ont pas accès à la terre. Pour elle, il faut centrer nos discussions sur la sécurité foncière et l’accès à la terre. Une fois ce problème réglé, on aura trouvé des solutions contre l’exode rural avec des ruraux qui viennent occuper les terres des zones urbaines en créant des bidonvilles.

D’ailleurs, a-t-elle fait remarqué, le manque d’emploi et la pression foncière sont à l’origine du déplacement des populations de la campagne vers la ville où elles créent des bidonvilles. La solution à ce phénomène réside dans la création d’emplois par les municipalités et autres collectivités locales de concert avec l’Etat aussi bien en zone urbaine que rurale. Aussi est-il important de maîtriser le taux de naissance dans les zones urbaines, notamment les bidonvilles et faire en sorte que les habitants de ces taudis deviennent effectivement des citadins.
Selon elle, les expulsions ne règlent pas le problème, car déguerpir une bidonville c’est en créer un autre quelque part en ce sens que ces «populations délogées vont continuer à squatter jusqu’à se trouver un autre logement de fortune quelque part. Nous les pauvres nous seront toujours là».

Lu par 722 Boytown

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