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Se blanchir à défaut de blanchir

| 05.12.2012 | 0 Commentaire

Lu par 15932 Boytown

Au Sénégal, c’est sur la pression de l’opinion nationale et l’onction clairement affichée de certains états (France et Etats-Unis) que le président de la République Macky Sall a engagé la «gouvernance de rupture et vertueuse». Même si elle est pour le moment «verbiale», les nouvelles autorités semblent déterminées à poursuivre, les dignitaires de l’ancien régime.

Les libéraux sur qui pèsent de simples présomptions poussent à tue tête, des cris d’orfraie, en déclarant à qui veut l’entendre, qu’il s’agit d’une chasse aux sorcières. Plutôt que de s’empresser d’aller répondre à la justice de leur pays qui leur a permis de le diriger pendant 12 bonnes années, ils versent dans le chantage et le dilatoire. «S’ils veulent la guerre, ils l’auront. Ce sera le grand déballage», a déclaré Abdoulaye Baldé. Non, sans rappeler que Macky Sall avait été cité dans une affaire de blanchiment. De qui se moque-t-on ?

Pourquoi, l’ancien régime très prompt à liquider les potentiels présidentiables ne lui avait pas réglé ses comptes ? Ce n’est pas par faute d’avoir essayé. C’est en plein « Zénith », que le président de l’Alliance pour la République (APR) avait été convoqué à la gendarmerie de Thiong dans une prétendue affaire de blanchiment d’argent, avec la complicité supposée d’un ancien Chef d’Etat, d’Afrique centrale (Feu Omar Bongo ?). Un de ses supposés bailleurs, Abdoulaye Sally Sall, émigré au Gabon, avait été arrêté puis conduit manu militari au commissariat de police.

Pis, Macky Sall avait été catapulté comme un vulgaire délinquant de la présidence de l’Assemblée nationale pour le crime de lèse-majesté en convoquant le fils chéri du Chef de l’Etat, Karim Wade afin que celui-ci réponde de sa gestion dans le fameux dossier de l’ANOCI.

Avant Macky Sall, Idrissa Seck alors au firmament de son ascension, avait été trainé dans la boue et jamais dans l’histoire du Sénégal un homme politique n’a été autant traqué, malmené, humilié. Les renseignements généraux, la police, la gendarmerie, avaient été mis à contribution, sans occulter des commissions rogatoires, juste pour liquider le maire de Thiès qui s’était érigé en sentinelle pour barrer la route à une dévolution dynastique. La montagne avait finalement accouché d’une souris. Non lieu total !

Comment oublier les dommages collatéraux de cette affaire dite des chantiers dans laquelle un certain Bara Tall en a payé le plus lourd tribut. L’homme d’affaires a même été contraint d’émigrer vers la Gambie pour ne pas sombrer dans la dèche. Les Sénégalais ne sont pas amnésiques.

Tout le monde sait que les libéraux aussi pauvres que Job avant l’alternance de 2000, sont devenus plus riches que Crésus. Comment et par qui ? Wade déclare avoir enrichi tout le monde. C’est d’autant plus grave que lui-même, avant un certain 19 mars 2000, n’aurait jamais pu imaginer avoir les moyens de transformer son domicile du Point E.  Sa fameuse phrase «mes ennuis financiers sont terminés», rapportée par Idrissa Seck, résonne encore dans nos mémoires.

Dire que dans l’entre-deux-tours, face à Abdou Diouf, c’est un certain Moustapha Niasse qui aurait mis la main à la poche pour perfuser la « marche bleue » vers le sommet.

Si Abdoulaye Wade ne peut être poursuivi que pour Haute Trahison (dilapider les fonds politiques n’est pas considéré comme telle), ceux qu’il prétend avoir enrichis doivent, eux, restituer jusqu’au dernier centime. Il ne saurait y avoir de passe droit.

Pour justifier sa fortune, Abdoulaye Baldé nous sert qu’il a « quand même été un fonctionnaire pendant des années». Il n’y a qu’au Sénégal que des fonctionnaires peuvent prétendre à des richesses. Comment quelqu’un qui est payé à la fin du mois, peut-il s’assoir sur une montagne de biens, même en douze ans ? Si comme il le disait indécemment lors d’un meeting à Ziguinchor, il a « des millions » parce qu’il a « des amis arabes qui me donnent beaucoup d’argent » et qu’il n’est pas comme ses adversaires « qui ont les proches trouées », alors c’est lui le premier qui devrait rendre gorge. Que l’on sache, Abdoulaye Baldé n’est pas né avec les fonctions qu’il a occupées au sommet de la République et qui lui ont valu des « amis arabes ».

Pendant 12 ans, le Sénégal était devenu une vache à lait pour une poignée d’oligarques qui se sont adonnés à une véritable tontine. La bamboula avait atteint son paroxysme et les rapports accablants de la cour des comptes et de l’ARMP sont rangés dans les tiroirs et classés sans suite.

C’est pourquoi la justice doit faire correctement son travail, dans le respect des lois et règlements. Dans le respect des droits humains. Sans céder à une quelconque pression. Ni politique, ni financière encore moins religieuse. Les coupables doivent être condamnés, mais aussi payés.

La loi étant générale et impersonnelle, la traque des criminels au col blanc n’est donc pas une affaire de libéraux. Le procureur spécial près la Cour de répression illicite ne peut ainsi se permettre de s’occuper des seuls « voleurs de milliards ». Le Sénégal serait un pays riche, lui voler un million de francs serait tout aussi grave. C’est une question de principe, pas de prince si…

Alioune Ndao ne doit pas perdre de vue qu’il y a, à fortiori, des populations issues du monde rural qui cherchent la queue du diable pour la tirer. Elles n’ont pas d’écoles, ni de collèges, encore moins de lycées pour leurs enfants. Elles ont besoin de dispensaires, des postes de santé, des maternités. Elles ont besoin de pistes de production pour écouler leur produit.

Au banc des présumés, que ceux qui n’ont pas blanchi lèvent la main et se blanchissent… où se taisent ! Il est là le débat.

sudonline

Lu par 15932 Boytown

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