Semou Mama Diop- Une plume au service d’un idéal
Lu par 422 Boytown
Bonjour Mr Diop et bienvenu dans le Boytownmag, je vous laisse vous présenter à nos fidèles lecteurs.
Bonjour. Se présenter n’est pas un exercice facile. Mais je vais essayer de résumer.
Je suis un enfant du Sénégal, amoureux de l’Afrique et des lettres, féru d’Histoire, qui réalise un rêve d’enfance. Celui d’être publié et lu. Mais au-delà de ce rêve personnel, il y a un plus grand, celui de voir le Sénégal et l’Afrique sortir de l’ornière. Raison pour laquelle, mes romans, dont trois sont déjà publiés, sont souvent des textes quasi pamphlétaires.
Par ailleurs, j’écris de temps en temps des chroniques dans divers sites lorsque l’urgence des évènements le demande.
Expert-comptable de formation, qu’est-ce-qui vous a attiré dans l’écriture? Car en général, les scientifiques ou gestionnaires n’aiment pas les lettres!
Ça c’est un préjugé. Les bons scientifiques comme les bons gestionnaires sont des gens attirés par les lettres. Beaucoup de grands écrivains n’ont pas de formation littéraire.
Moi je suis attiré par l’écriture parce que j’ai besoin de m’expliquer le monde et de dialoguer avec le monde. Je ne me suis jamais contenté des idées reçues, des théories toutes faites. Cet esprit critique m’a toujours poussé, depuis que j’ai su écrire, à mettre sur du papier mes questionnements même les plus farfelus.
Nous avons tous nos modèles, nos idoles…Quels sont les vôtres?
Il y a des personnages de l’histoire qui m’ont fasciné par leurs gestes, par leurs paroles. Il est des penseurs, des humanistes qui m’ont inspiré et qui continuent à m’inspirer. Il est de mes contemporains pour qui j’ai beaucoup d’estime et d’admiration. Mais je suis un iconoclaste, donc quelqu’un qui est dans la constante démythification de ceux que les autres prennent pour des idoles.
Avant d’entrer dans le domaine de l’écriture, j’aimerais d’abord savoir pourquoi : Une plume au service d’un idéal?
Je suis un écrivain humaniste. J’écris en visant des objectifs. J’écris en me disant que mon rôle n’est pas seulement de décrire le monde, mais de contribuer à le rendre meilleur. Je suis pour la justice et l’égalité. J’écris pour communiquer avec mes semblables et pour donner plus de sens à ma vie. Mais j’écris aussi pour la promotion d’un idéal : un monde dans lequel l’humain sera au cœur de toutes les préoccupations. J’écris pour ma patrie, l’Afrique. J’écris pour la résurrection de l’homme noir.
Voulez-vous raconter à nos lecteurs cette <rencontre> entre vous et Feu Cheikh Anta Diop en 1997?
En 1997, j’étais un jeune étudiant à Paris. Des amis à moi m’ont invité à une conférence à l’université de Jussieu, conférence qui avait pour sujet l’œuvre et la pensée de Cheikh Anta DIOP. Celui-ci était mort depuis 11 ans. Mais je découvre, qu’il nous avait laissé une énorme œuvre, des travaux, des voies à explorer. Celle qui décomplexe l’homme noir qui est invité à aller chercher ses références narcissiques en Égypte antique. Mais aussi cette voie qui fait de tous les peuples humains des frères égaux dans l’intelligence et le génie.
Vous avez publié Le Dépositaire en 2006 puis Thalés-le-fou en 2007, ce qui vous fait deux ouvrages mais surtout critiqués. Si je ne m’abuse votre second ouvrage a été interdit. Pourquoi tant de critiques selon vous?
Tout simplement parce que j’ai écrit des choses audacieuses. Vous savez, j’ai une façon d’écrire qui peut être jugée provocante voire subversive. Je l’assume. Mais ce que je décris n’est que la réalité de nos sociétés. J’ai choisi de parler des tares de nos sociétés et des hommes qui les dirigent. N’en déplaise à mes détracteurs, j’ai choisi cette voie qui répond à ma conception que j’ai de mon rôle.
Comment doit-on vous qualifier? Quel genre d’écrivain êtes-vous?
Certains diront engagé, d’autre subversif ou tout simplement provocateur. Moi, je dirais que je suis un intellectuel en situation, un homme imprégné des réalités de ses contemporains et qui se doit de rendre compte de ces réalités.
C’est pourquoi en tant qu’écrivain j’essaie de trouver, le style, le genre littéraire nécessaire pour décrire au mieux ce que je ressens en permettant à mes lecteurs d’en percer le message. Tout cela sans oublier que mon écriture est un art, certes téméraire, mais auquel j’ai le souci de donner des traits esthétiques.
Et si on parlait de votre dernier ouvrage? <En attendant le jugement dernier> Qu’est-ce-qui vous a inspiré?
L’Afrique et le fatalisme des Africains. J’ai pris Guinguinéo comme prétexte pour montrer comment, souvent les populations africaines ont été dépassées par les évènements qu’ils subissaient sans avoir aucune prise sur eux. Mais j’ai voulu particulièrement parlé de la crise qui a secoué le Sénégal en 1962. Je pense que j’ai voulu inconsciemment réhabilité les victimes de ces évènements pour qui j’éprouve une réelle sympathie et une grande compassion cinquante ans après les faits. Je veux parler de Dia, Valdiodio, Sarr et les autres. J’ai la conviction qu’il y avait vraiment complot en 1962. Mais ceux qui ont été embastillés à Kédougou n’en ont été ni les acteurs ni les auteurs. Le complot venait de Paris. Et ce sont de Gaulle et Jacques Foccart qui se sont servi de Senghor pour éliminer Dia et ses compagnons. C’est ma conviction.
Jeune sénégalais vivant en France, comment voyez-vous la situation actuelle du Sénégal?
Un président vient d’être élu. Les actes posés depuis son élection témoignent d’une certaine volonté de rupture avec le régime précédent. Mais il est trop tôt pour faire un jugement. Nous devons rester vigilants.
En revanche, une chose est sure : ce pays doit être profondément réformé. Avec l’avènement d’idées nouvelles, de concepts nouveaux axés sur la rigueur et l’organisation, il est possible de transformer le Sénégal. Mais il faudra que les Sénégalais acceptent de se faire violence, de changer leurs habitudes et leur mentalité, de préférer l’efficacité du profane au mystique aléatoire.
Selon vous quelle serait la solution pour sortir le Sénégal de ce <KO>?
Il faut conscientiser les masses. Le Sénégal, comme son étymologie l’indique, est une barque dans laquelle tous ses enfants sont engagés. Chacun doit, par conséquent, mettre le meilleur de soi-même pour mener à bon port notre embarcation. Nous devons tous avoir constamment à l’esprit que nul ne sera sauvé si tout le monde n’est pas sauvé. Il faudrait donc dores et déjà embellir nos actes, nos paroles, montrer moins de tiédeur dans la défense des idéaux communs et plus d’abnégation et de dévouement au travail et dans la construction de notre devenir commun.
Si je dis Boytown, la plupart pense qu’il s’agit du jeune dakarois IN mais pour vous qu’est-ce-qu’ un Boytown?
Oui vous avez raison. On aurait tendance à penser à ce jeune soit disant IN et qui s’égare et tombe dans beaucoup de travers, justement pour rester IN. Or souvent c’est un individu complexé qui essaie de noyer ses difficultés dans l’alcool, les drogues, les femmes…
Moi je veux en profiter pour lancer un message aux jeunes. Le nouveau Boytown que j’appelle de mes vœux devrait se départir de toutes ces pratiques délétères et être plus conscient des enjeux de son pays et du monde qui l’entoure. Il devrait avoir une forte personnalité, être à même de relever les défis qui l’attendent et envisager son présent et son avenir avec plus lucidité.
Je veux que les jeunes aient d’autres modèles, d’autres idoles. Telle est la voie du salut.
Ce fut un plaisir d’échanger avec vous, quel est votre dernier mot?
Le plaisir est partagé. J’espère que mes réponses vous ont comblée (rires).
Mon dernier mot va aux plus jeunes. Qu’ils fassent preuve de patience et d’honnêteté. Qu’ils évitent les raccourcis et les chemins tortueux. Qu’ils sachent qu’il y a qu’une seule valeur sure : le travail.
Boytown vous souhaite beaucoup de succès dans vos entreprises!
Par Anne Absa
Lu par 422 Boytown
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Categorie: JEVOTE







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