Sénégal: Le grand bluff des infrastructures

Lu par 4694 Boytown

L’image est forte comme un symbole qui nous renvoie à nos propres turpitudes et manquements. Vendredi dernier,  le convoi du président Macky Sall s’est immobilisé devant le tunnel de Soumbedioune submergé par les eaux de pluie, occasionnant  ainsi un important embouteillage.

Cette situation incongrue a une fois de plus remis au goût du jour les interrogations et autres critiques qui ont entouré la construction de cet ouvrage dont on continue à se demander la pertinence. Une chose est toutefois certaine : il aura coûté un prix faramineux du fait de surcoûts survenus du fait d’imprévus rencontrés en cours d’exécution parce qu’aucune étude sérieuse n’a été fait en amont. Comme pour d’autres ouvrages, les autorités politiques de l’époque auront succombé à la pressente envie d’épater les Sénégalais  en  leur jetant  un os à ronger. Il faut reconnaître que cela a marché un temps et a beaucoup contribué à la réélection de Me Abdoulaye Wade en  mars 2007. La magie a continué d’opérer jusque ce que la pluie vienne s’en mêler, révélant certaines insuffisances qui se sont avérées catastrophiques par la suite. Le travail  a été bâclé  puisque l’effet recherché  était d’en jeter plein la vue.

Cette disposition psychologique est assimilable à de la manipulation, ou à tout le moins  de la malhonnêteté intellectuelle car on  a voulu donner l’impression de faire quelque chose pour endormir la vigilance citoyenne et s’en donner à cœur joie dans la gabegie et l’outrance. Ce n’est pas la pluie qui fait les inondations mais plutôt les malfaçons. En somme la pluie rend compte de nos lacunes. L’eau suinte en dessous du tunnel et des ponts.  La moindre goutte et tout est inondé rendant impossible la circulation des biens et des personnes. L’autoroute censée être une voie rapide est transformée en piscine géante.

De quelles infrastructures se targue-t-on, jusqu’à les présenter comme étant de dernière génération et uniques en Afrique ! On ne peut que s’interroger lorsqu’on observe que le rail est inexistant, complètement démantelé, faisant que des enfants de ce pays n’ont jamais entendu siffler le train. En Casamance, alors que la catastrophe du bateau le Joola continue de hanter les mémoires,  que le Bateau Aline Sitoée s’est récemment enlisé, il demeure toujours le problème du dragage du fleuve. Sans oublier l’achat d’un second bateau promis depuis Mathusalem afin de renforcer le trafic fluvial de manière ininterrompue. Le secrétaire général de la chambre consulaire de Ziguinchor a ainsi rappelé l’impossibilité qu’il y avait à vouloir relancer la dynamique économique locale pouvant impacter sur des secteurs comme l’agriculture, la pêche et le fret, sans pour autant concrétiser le dragage du fleuve. Le président de la Chambre de commerce se désole du fait que les gros conteneurs n’arrivent pas à accoster à Ziguinchor à cause de l’ensablement d’une bonne partie du lit du fleuve, sans compter le défaut de balisage qui pose un véritable problème de sécurisation de la navigation (voit Le Soleil du vendredi 7 septembre 2012). Des fruits et légumes pourrissent dans l’arrière pays. C’est dire !

Six  mois après son élection à la magistrature suprême,  il est donc attendu du chef de l’Etat Macky Sall qu’il  fende l’armure en prenant le taureau par les cornes, comme le commande les exigences historiques de l’heure. Le Sénégal a été malmené ces dernières années, au plus profond de sa chair. Les valeurs de justice, de travail et de solidarité qui ont forgé sa constitution en tant qu’Etat ont été mises à mal. On n’aura eu de cesse de le dire, des gens se sont servis du pouvoir pour s’enrichir et enrichir leurs proches. Le larbinisme a été érigé en valeur alors que celle du travail a été sanctionnée. Il s’agit de recoudre le tissu social grandement déchiré par des années de concussion, de laxisme, sur fond de sauve qui peut individuel et collectif. L’école publique qui offrait la perspective d’une ascension sociale est en totale déconfiture. Aujourd’hui, il s’agit de réconcilier le Sénégal avec l’espoir et cela passe par l’effort et un courage portés par un commandant en chef  à la pugnacité inébranlable car uniquement préoccupé par l’intérêt supérieur des Sénégalais et des Sénégalaises.

En somme, les audits doivent être menés à leurs termes, les voleurs doivent rendre gorge quels que soient leurs rangs. Les dysfonctionnements au niveau de l’administration doivent être sanctionnés.
A l’évidence, la pluie nous a révélé nos propres carences. Comment comprendre en effet que des infrastructures aient pu être construites sans prendre encharge les questions d’évacuation, qu’on ait laissé des gens bâtir des maisons dans des zones non aeficandi. Ce pays qui marche depuis quelques années par la tête a besoin d’être remis sur ses pieds. Ce qui est attendu, c’est de le secouer de fond en comble, en remettant les gens au travail, dans le cadre d’un nouveau rapport au pouvoir. Celui dont rendent compte ces mots d’ordre : « Servir et non se servir ». « La patrie plutôt que le parti ». Cela exige du courage et la volonté de « réussir l’impossible ».

sudonline

Lu par 4694 Boytown

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