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Traque des biens mal acquis: Une forte demande sociale

| 26.12.2012 | 0 Commentaire

Lu par 593 Boytown

«L’argent du pays appartient au Sénégal et celui qui le prend illégalement le rendra de gré ou de force ». C’est la ferme  mise en garde lancée par  le chef de l’Etat, Macky Sall,  samedi dernier, dans le cadre de l’Université d’Eté des jeunes de l’Alliance pour la République (Apr). Elle prend d’autant plus de relief qu’elle intervient au moment où le défilé de quelques dignitaires de l’ancien régime se poursuit à la brigade de recherches de la gendarmerie de Colobane.

Sans compter que l’opinion publique commence à s’impatienter, tout en sachant que son temps n’est pas celui de la justice. Il se trouve simplement qu’elle veut être édifiée. C’est pourquoi, si l’on ne peut qu’applaudir des deux mains ce qui relève d’une volonté d’installer une pratique de bonne gouvernance, il reste que sa mise en oeuvre suppose que soit restauré l’Etat de droit. En l’occurrence que les organes de contrôle de l’Etat fassent leur travail et que les résultats de leurs investigations soient transmis chaque fois que de besoin aux juridictions compétentes, en dehors de toute instrumentalisation.

La traque des biens mal acquis est importante car elle correspond à une forte demande sociale. Tout au long de ses 52 années d’indépendance, le Sénégal a été considéré par une grande partie de ses élites comme une vache à lait qu’il faut traire jusqu’à la dernière goutte. Aussi est-il truffé de gens qui ont pu s’enrichir pour avoir simplement occupé des positions de pouvoir ou de proximité au sein de l’appareil d’Etat. Macky Sall a bien raison de prévenir que nul ne sera épargné. Et ceux des libéraux qui disent qu’il devrait commencer par lui veulent sans nul doute amuser la galerie. Sauf d’être poursuivi pour haute trahison, ils savent très bien que le président de la République bénéficie d’une immunité durant sa mandature. Et pour tout dire, pourquoi ne l’ont-ils pas attrait alors qu’ils en avaient le pouvoir ? En réalité, leur attitude est révélatrice d’une posture qui renseigne sur leur rapport au pouvoir : Silence, on s’enrichit !

Dans ces conditions, il ne serait pas étonnant, comme l’ont soutenu le week-end dernier les jeunes du Forum civil et du M 23, que : «Entre 2007 et 2011, le Sénégal a perdu 387 milliards à cause de la corruption». Une somme, ont-ils fait remarquer, «qui aurait dû servir au développement, créer des emplois pour les jeunes, résoudre les problèmes des inondations, réduire les prix». C’est cela le débat de fond. Il ne saurait être ailleurs. Encore moins dans cette critique servie à l’édile de la capitale à travers la lettre ouverte que lui a adressée Me Masokhna Kane, président de «Sos consommateurs». «Vous êtes en train de décorer les rues de Dakar pour préparer les fêtes de fin d’année. Il est prévu, nous dit-on, un grand réveillon, avec même un feu d’artifice lancé depuis l’océan.

Malheureusement, cela coûtera, selon vos propres déclarations un milliard cinq cent millions de francs Cfa et vous aviez pris le soin de préciser, qu’il s’agira pour l’essentiel de sponsors et que la mairie ne dépassera pas deux cent millions de francs Cfa ». Poursuivant son argumentaire Masokhna Kane interpelle Khalifa Sallen des termes forts : «Arrêtez de faire la fête ou faites la au moins dans les foyers en apportant des cadeaux ou des repas garnis ou des denrées dans des quartiers pauvres de Dakar et même, dans les autres régions. De grâce, épargnez nous ce spectacle désolant de feux d’artifices, pendant que des gens meurent parce que ne pouvant payer leurs ordonnances dans les hôpitaux, ou que des enfants, par centaines ne vont plus à l’école parce que leurs parents ne peuvent pas payer » leur scolarité.

La bamboula, faut-il le rappeler, a été d’une ampleur inégalée dans les pratiques de prédation de ces douze dernières années dénoncées à longueur de colonnes de journaux et qui ont fini de chahuter l’économie du pays. Il reste, après le verdict des urnes, à les voir sanctionner au terme d’une enquête de justice impartiale. Et puis, pourrait t-on rétorquer au président de Sos consommateurs, n’est-il pas de bon ton que les populations puissent rêver, se réjouir ? Le divertissement participant ainsi de la fonction psychothérapeutique si cruciale pour le maintien de l’équilibre sociale.

Sans compter que la fin d’année est symboliquement vécue comme une nouvelle page qui s’ouvre sur des plages d’espérances. Celles consistant à enterrer les difficultés traversées, à conforter les moments de bonheur et à en faire goûter aux personnes qui en avaient assez d’entretenir un désolant tête à tête avec les affres et malheurs du monde.

Si le rôle de la municipalité est de rendre la ville propre, d’assurer un cadre de vie harmonieux, il consiste aussi à apporter du rêve aux enfants. Les parents qui, en compagnie de leur progéniture, envahissent depuis quelques jours la place de l’indépendance ne semblent pas dire autre chose. Mais plus que tout, le plus grand rêve qui anime l’écrasante majorité de la société sénégalaise, en cette fin d’année que l’on souhaiterait annonciatrice d’une aube nouvelle, est précisément d’ériger une culture de la reddition des comptes. Il est en effet bien temps, pour tout citoyen, quel que soit son rang, de se rendre compte que «l’argent du pays appartient au Sénégal et celui qui le prend illégalement le rendra de gré ou de force».

On n’en déroge pas : la traque des biens mal acquis est une œuvre de salubrité publique. ut en tenant compte des spécificités et des particularités de chaque localité ? Au lieu de cela, les services publics continuent d’être sourds et aveugles à toutes ces initiatives, préférant aller voir des expériences exogènes pour les besoins de leur Stratégie de croissance accélérée. Et pourtant, non loin de là, réside un exemple endogène sur lequel s’inspirer, comme l’a reconnu un de ses responsables. En tout état de cause, aucun pays ne peut véritablement se développer en refusant de s’appuyer sur ses propres forces, sur l’esprit de sacrifice et d’inventivité de ses populations tout en exigeant de ses dirigeants qu’ils soient eux-mêmes irréprochables. C’est à cette audace qu’est invité le premier Président du Sénégal né après l’indépendance.

Lu par 593 Boytown

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