Y’en a marre: radioscopie d’une jeunesse insurgée au Sénégal

Lu par 8618 Boytown

Les journalistes Vieux Savané et Baye Makébé Sarr, respectivement de Sud Quotidien et de La Gazette, viennent de publier aux éditions L’Harmattan, un essai intitulé : «Y’en a marre, radioscopie d’une jeunesse insurgée au Sénégal». Il est question de la révolte des jeunes contre le régime de Me Wade, contre une certaine gestion des affaires de l’Etat, avec un slogan « transpartisan, transéthnique, transocial ». La cérémonie de dédicace est prévue demain, vendredi à 17h30mn, à la librairie Clairafrique Université.

«Y’en a marre, radioscopie d’une jeunesse insurgée au Sénégal», est le titre de l’essai qui porte la signature des journalistes Vieux Savané, directeur de publication de «Sud Quotidien», et de Baye Makébé Sarr, de «La Gazette». Il vient d’être publié aux éditions L’Harmattan, dans la collection : « Sociétés Africaines et Diaspora.

Les auteurs de cet essai nous décrivent le contexte dans lequel ce cri de cœur de «Y’en a marre» est né, ce qu’il renferme comme message, sa finalité (qui est de susciter un Nouveau Type de Sénégalais), le pari de la neutralité affiché au départ, mais qui ne résistera pas à la tentation du choix, d’où «l’option risquée» dont parlent les essayistes. Ces derniers nous dressent plus ou moins le portrait robot des initiateurs de ce mouvement issus, la plus part du temps, des milieux urbains et périurbains. L’éditeur campe le décor sur la quatrième de couverture en ces termes : «Les gars, est-ce qu’on va rester les bras croisés ?» C’est par cette interrogation quasi-existentielle que le noyau dur de ce qui deviendra “Y’en a marre”, a décidé de se bouger. “Y’en a marre” décide de sonner la charge contre toute forme de démission. Dans un même élan, jeunes cadres, étudiants, ouvriers, retraités, chômeurs se sont identifiés au coup de gueule de “Y’en a marre”. Un mouvement qui, à coup sûr, a contribué à bousculer le jeu politique».

Déjà dans l’avant-propos, les auteurs donnent le point de départ d’un mouvement – né le 19 mars 2011, jour anniversaire de l’an 11 de la première alternance politique au Sénégal – qui rappelle la «posture de lutte et de résistance» d’une jeunesse, marteau en main, a fait tomber le «mur des lamentations en refusant précisément de s’enrouler dans les draps du découragement et de la démission ».

Le message délivré par cette jeunesse révoltée est, comme le disent les auteurs, «trempé dans la rhétorique hip-hop, telle une larve brûlante et dévastatrice déversée sur le régime en place ». Ces jeunes viennent de se rendre compte qu’au terme des « 11 années de pouvoir libéral qu’il y avait tromperie sur la marchandise ». Ils décrient la gestion prédatrice des hommes politiques qui est, à leurs yeux, la cause de leur malheur. Confrontés au casse-tête de l’emploi, pour s’en sortir, ces jeunes sont allés à l’assaut des îles Canaris, souvent au péril de leur vie. Sur le chemin de Barca, ils ont flirté avec le bonheur du désespoir, transformé en poison fatal : barsax. C’est dans ce ciel assombri de bonheur du désespoir que surgit le cri de rage salvateur, Y en a marre, qui «donne conscience à ces jeunes que le futur arrive plus rapidement que jamais et n’ont par conséquent aucunement envie de se la jouer dans des registres faits de nostalgie et d’incompétence ».

Le titre révélateur de ce chapitre intitulé « la renaissance » en dit long sur la métamorphose de cette jeunesse qui veut inventer le futur. «Non encombrés par des fagots d’espérance entassés dans leurs ciboulots, ils se sont rebiffés avec l’insolence rebelle d’une jeunesse inquiète de son présent». Cette «renaissance » préfigure « la révolution » qui rendra possible l’avènement du Noueau type de Sénégalais, car les jeunes se sont appropriés la vérité du poète allemand, Friedrich Hölderlin qui affirme : «Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ».

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Ce n’est pas pour rien que le mouvement replace l’exigence éthique au cœur de notre époque. Il traduit ainsi, comme le disent les essayistes, «l’actualité d’une impatience qui en appelle à l’émergence d’une culture de bonne gouvernance s’érigeant sur les décombres des pratiques prédatrices en cours et qu’illustrent tous les scandales qui ont fait la Une des médias sénégalais».
Les auteurs dénigrent alors ces voleurs de la République qui, « hier , fauchées comme des rats, aujourd’hui, comme par enchantement, riches comme Crésus, dénuées de tout sens de la mesure, les nouvelles élites au pouvoir piétinent souvent, sans s’en rendre compte, les règles fondatrices de la République».

Loin de se mettre dans une posture d’admiration d’un mouvement qui a marqué la présidentielle de 2012, les auteurs de cet essai ont tenté d’en montrer les limites. Ils estiment que le changement des habitudes de la société sénégalaise, en appelle à la résolution de certains préalables. « C’est dire qu’on ne saurait créer un Nts par décret. Encore moins par volontarisme », disent les auteurs. Les limites organisationnelles du mouvement ont aussi été mises à nue.
Précisons que la cérémonie de dédicace est prévue demain, vendredi à 17h30mn, à la librairie Clairafrique, à l’Université, « couloir de la mort ».

sudonline

Lu par 8618 Boytown

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31 Commentaires

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